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Les expériences télépathiques de René Warcollier

Les expériences télépathiques de René Warcollier

Probablement en raison de sa formation, René Warcollier était très imprégné de l’idée d’une transmission télépathique analogue à la télégraphie sans fil, donc à une « télépathie sans fil », une TSF de l’esprit. L’analogie avec la TSF semblait en effet prometteuse.

Les expériences télépathiques de Warcollier et Sinclair

Cette vidéo, extraite du cd-rom psi explorer de Mario Varvoglis, propose quelques exemples d’expériences qualitatives de télépathie effectuées par Warcollier et Sinclair. On peut constater les fortes ressemblances entre l’image sur laquelle l’agent devait se concentrer et ce que le percipient dessinait.

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Face à un phénomène aussi singulier que les phénomènes psi, si peu conformes à l’ordre du monde, à l’appréhension rationnelle de la science de l’époque, il fallut, dans un premier temps réunir un grand nombre de témoignages et s’assurer de leur fiabilité. Ce que firent Myers et son groupe de travail à l’origine de la création de la SPR à Londres.

Dans un deuxième temps il s’agissait d’imaginer des protocoles expérimentaux destinés à prouver (par le moyen de la statistique) la réalité d’une transmission extrasensorielle d’informations élémentaires. Charles Richet fut à cet égard le grand précurseur de cette étude qui fut brillamment reprise et poursuivie aux Etats-Unis par Joseph B. Rhine. Il fut le fondateur de la parapsychologie quantitative.

Cependant, dès les années 20 et jusqu’à sa mort en 1962, René Warcollier, ingénieur chimiste, s’était engagé dans une autre direction. Avec Eugène Osty et Gustave Geley, ils inaugurèrent à l’IMI la recherche qualitative en parapsychologie. Geley dans le domaine de la clairvoyance, Warcollier dans le domaine de la télépathie.

La question n’était plus alors tant de prouver l’existence du phénomène, mais d’en décrire les variations selon les sujets, les circonstances, les facteurs favorisant ou inhibant, et de découvrir les aspects subtils du phénomène, à travers la transmission d’informations complexes sur lesquelles l’outil mathématique et statistique n’avait évidemment peu ou pas de prise.

Probablement en raison de sa formation, René Warcollier était très imprégné de l’idée d’une transmission télépathique analogue à la télégraphie sans fil, donc à une « télépathie sans fil », une TSF de l’esprit. L’analogie avec la TSF semblait en effet prometteuse. De la même façon qu’un émetteur et un récepteur doivent être réglés sur une même longueur d’ondes, une certaine sympathie, voire même un sentiment plus fort (amitié, amour) entre agent et percipient avait un effet facilitant. En outre, la distance ne jouait strictement aucun rôle : il n’y a aucune différence significative dans le cas d’un envoi d’une pièce à une autre ou d’un continent à un autre.

René Warcollier fut le premier, pendant près de 40 ans, à imaginer des séances d’entraînement à l’envoi et à la réception de messages complexes, en l’occurrence des dessins, des dessins d’objets divers, des dessins géométriques ou même des dessins composites.

Pour les transmissions à distance, on procédait de la façon suivante : à une heure déterminée à l’avance, l’agent choisissait un dessin et l’envoyait mentalement, puis le dessinait. A la même heure, le percipient s’efforçait de s’abstraire de toute stimulation extérieure, pour penser à l’agent et noter toutes les images mentales qui se présentaient à lui. Images qu’il transcrivait ensuite sous forme de dessins.

Ensuite, l’agent et le percipient postaient leurs dessins respectifs ; le cachet de la poste garantissait la rigueur du protocole.

Des conditions expérimentales aussi strictes régissaient les envois et réceptions à courte distance (agent et percipient dans deux pièces, séparées par une autre pièce dans laquelle se tenait l’observateur, etc). Quelles que soient ces variantes, des coïncidences probantes étaient observées entre les deux dessins. 20 % de coïncidences sans entraînement préalable et 50 %, voire plus, lorsque l’entraînement devenait intensif. Ce qui fut le cas puisque Warcollier a organisé à l’IMI des groupes sur de longues durées. En effet, certains groupes se sont réunis régulièrement une fois par semaine pendant 10 ans.

Il découvrit un certain nombre de lois et mit au point un ensemble de techniques de facilitation basées sur l’imagination, préconisant déjà quatre procédés d’entraînement à la télépathie :

1. « L’agent A cherche à se représenter le percipient P. le plus objectivement possible, en s’aidant au besoin de photographies, de lettres, d’objets lui appartenant pour créer le climat télépathique. (…) Il va vers lui par l’imagination.

2. L’agent A. s’imagine être lui-même le percipient P. en s’identifiant avec lui, en le jouant comme un acteur habile, mais sur le plan de l’esprit. Il l’attire à lui par l’imagination.

3. Le percipient P. se représente l’agent en s’aidant de photos, de lettres, etc. comme l’agent en 1. Il s’imagine aller vers lui.

4. Le percipient s’imagine être l’agent, comme celui-ci en (2). Il s’imagine l’attirer (Warcollier R., in 1937, Revue Métapsychique n° 5).

Il mit en évidence le rôle des pensées parasites, des déformations et surtout de la destructuration des messages. Par exemple, dans le cas où l’agent s’efforce de transmettre l’image d’un œil dans un triangle, le percipient dessine un triangle de forme identique et une dizaine de petits cercles évoquant la pupille par « décharges successives » (Warcollier R., 1948, R.M. n° 4).

Le percipient interprétait très souvent le message reçu : le dessin d’un dromadaire couché se transformait en une forme agenouillée, l’apparence était la même mais l’objet du dessin ne « passait » pas ou plus justement, ne pouvait être ramené correctement à la conscience.

Ces constatations, la description de ces modalités, conduisirent Warcollier à formuler une véritable nosologie du phénomène, ainsi qu’une analyse tout à fait fine et subtile du processus de l’imagerie mentale à l’œuvre dans l’envoi/réception de dessins (W.R, id., 1948).

Afin d’en faciliter la compréhension, nous vous proposons dans la vidéo disponible au début de cet article quelques planches de dessins publiées par Warcollier et dans lesquelles figurent côte à côte le dessin de l’agent et celui du percipient. Les particularités de ce qu’il appelle « émersion télépathique » se répartissent selon les points que je vais simplement résumer, en vous renvoyant aux écrits de Warcollier :

 

A/ L’envoi d’un dessin entraîne la formation d’une image latente, dont les différents composants vont émerger à la conscience du percipient par fragments « comme par décharges ».

B/ Effet de destructuration ou de dissociation : Warcollier donne l’exemple de l’envoi télépathique d’un dirigeable (Cf. vidéo au début de l’article). Le dessin du percipient à travers quatre éléments permet de rétablir des liens de sens évidents avec celui de l’agent :

une forme d’anse : en relation avec l’idée de suspension,

une 2e hélice avec une bielle,

une masse ovoïde : le corps du ballon,

Cependant, les éléments en relation avec l’envoi sont donnés de façon disparate ; ils ne s’intègrent pas en une forme globale reconnaissable. Le lien se fera plus tard.

C/ Les modalités d’apparition : de quelques secondes à quelques jours, les éléments du dessin reçu vont apparaître, comme on l’a dit, par «décharges successives».

D/ Le résultat final : Le dessin du percipient ne se structure pas en fonction de la logique et d’une capacité de synthèse évidente. Le lien avec le rêve et ses mécanismes commencent à être appréhendés par Warcollier :

La condensation (et son inverse la multiplication)

Le syncrétisme, ou confusion entre la forme et les détails

L’inversion, entre la forme et le fond par exemple

La confusion entre dedans et dehors

E/ Les éléments qui passent bien :

Tout ce qui est lié au mouvement,

Tout ce qui est lié à l’affect,

Tout ce qui est contrasté,

F/ Les éléments qui passent mal :

Les concepts, les chiffres,

Les symboles,

Les représentations abstraites,

 

Autres expériences de télépathie

Warcollier ouvrit ainsi la voie à des recherches ultérieures mettant l’accent sur l’image, ce que reprendra aussi Henri Marcotte dans les années 60, dans les groupes d’entraînement à la télépathie qu’il anima à l’IMI jusqu’à sa retraite en 1985. Poursuivant le travail de Warcollier Marcotte eut l’idée d’introduire une donnée absente chez Warcollier : le temps et son corrélat, le mouvement, aussi bien dans l’envoi que dans la réception pour obtenir un effet de restructuration du message. Tentant de transmettre des messages de plus en plus complexes, Marcotte se heurta à une sérieuse difficulté. Tout comme Warcollier, il remarqua que les réceptions étaient parcellaires et s’accompagnaient d’un effet de déstructuration du message envoyé télépathiquement. Les percipients retrouvaient les différents éléments du message, sans pouvoir les intégrer d’une manière cohérente, pour rendre compte du sens général ou du déroulement de l’histoire.

La prise en compte de la dynamique inconsciente constitua l’étape suivante, et permit de donner une certaine cohérence à ce qui pouvait apparaître comme étranger au message d’origine (dessin ou scénario).