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La réception de la parapsychologie

La réception de la parapsychologie
Extrait de "La recherche psi. Le bilan de la Parapsychological Association", 1983


Cet article évoque un constat toujours actuel sur la façon dont la parapsychologie est reçue dans le monde. Si certains aspects sont encourageants, beaucoup reste à faire pour que la recherche parapsychologique puisse se développer comme discipline scientifique établie auprès des professionnels, des médias et du grand public.

L’ensemble du domaine du psi est envahi par une épaisse confusion. Confrontées à l’étendue et la profondeur de celle-ci, il faut consacrer plusieurs années pour défricher le domaine, avec les chercheurs psi, avant d’arriver à une formulation faisant l’accord de tous.

Par divers aspects, le psi pourrait éventuellement s’immiscer dans notre vie. Le stade où nous en sommes ne nous permet pas de prévoir quelles formes pourraient prendre les applications du psi, malgré toutes les possibilités, terriblement tentantes, qui sont en cours d’exploration .. Mais s’il est vrai que le psi est une réalité bien réelle et efficace, peut-être est-il possible de trouver les conditions lui permettant de prendre une place significative dans toutes les facettes de notre vie. Les bénéfices potentiels méritent, à notre avis, qu’on y consacre un effort sérieux et concerté.

A cette fin, il nous semble qu’actuellement le meilleur critère capable de nous aider à comprendre le psi est encore l’ensemble des découvertes provenant de l’investigation en laboratoire, et ceci, malgré son caractère inachevé. Si cette étude systématique doit être poursuivie activement - et nous pensons qu’elle devrait l’être -, elle aura besoin du large soutien du public engagé. Malheureusement, il nous semble que l’attitude actuelle envers le psi n’a pas beaucoup changé depuis 1874, lorsque Sir William Crookes constatait que les phénomènes paranormaux sont considérés avec « une trop grande crédulité de la part de certaines personnes, et une incrédulité tout aussi irrationnelle de la part d’autres ». Nous pensons qu’il est temps, pour nous tous, de nous situer au-delà des questions de croyance ou de non-croyance, et que notre soutien à la poursuite de l’investigation scientifique sur le psi peut grandement nous y aider.

Il nous paraît exister un certain nombre d’initiatives pratiques qu’il conviendrait de prendre si l’on veut recueillir les bénéfices latents que le psi semble offrir. D’abord, le psi doit être accepté comme un domaine légitime d’étude, qui doit devenir une discipline à part entière, au sein de l’enseignement et de la recherche. Déjà, quelques signes prometteurs vont dans ce sens. La Parapsychological Association et les chercheurs individuels commencent à présenter des communications sur le psi, devant des associations à caractère national, notamment l’Association Américaine pour le Progrès de la Science (AAAS), l’Association Américaine de Psychologie, l’Association Américaine de Psychiatrie, l’Association Américaine d’Anthropologie, et l’Institut d’Ingénierie en Electricité et Electromque (IEEE).

Le monde de l’éducation commence, lui aussi, à s’ouvrir, ou du moins à s’entrouvrir, au domaine du psi. Lorsque nous avons demandé à Joseph Platt, alors président de l’Université de Harvey Mudef, en Californie, ce qu’il pensait de l’étude du psi, il nous a répondu que si les scientifiques de son campus choisissaient d’entreprendre une recherche en parapsychologie, il ne voyait pas pourquoi il les en blâmerait. Glenn Olds, ancien président de l’Université Kent, de l’Etat d’Ohio, nous affirme qu’il encourage activement ses collègues à explorer scientifiquement le domaine du psi. Comme nous l’a souligné le Dr Frederick Nicholson, directeur du Muséum Américain d’Histoire Naturelle de la Ville de New York, la science est essentiellement un moyen de poser de nouvelles questions. Or, nombre de scientifiques et observateurs divers s’accordent pour penser que les nouvelles questions que suscite l’étude du psi doivent être posées.

De plus, on observe une ouverture croissante, parmi les médecins et autres personnes impliquées dans les soins préventifs de santé, envers les formes non traditionnelles de guérison. Plus de 2 500 personnes, venues de partout, des Etats-Unis et du Canada, ont assisté, à l’Université de Californie, à une récente présentation de trois jours sur la guérison non orthodoxe, organisée par le Centre pour la Médecine Intégrale, de Los Angeles. De nombreux professionnels orthodoxes expriment leur intérêt pour le concept de guérison non conventionnelle. Comme l’affirme Aiton Ochsner, médecin et fondateur de la Clinique Ochsner, à La Nouvelle-Orléans : « Dans toutes mes années de pratique, je peux modestement dire qu’au moins 85 pour cent des guérisons auxquelles j’ai participé furent inexpliquées. »

Pourtant, bien que ces tendances courageuses soient encourageantes, leur fragilité et leur vulnérabtlité apparaissent à l’évidence. Nous pouvons, en effet, déceler quelques sujets d’inquiétude.

Les subventions destinées à soutenir la recherche psi sont à ce point chiches, qu’on peut presque les qualifier d’inexistantes. Une poignée de donations importantes sont venues de riches individus ayant légué leur fortune pour financer l’étude sur la survivance. MalS il reste que le domaine du psi ne s’inscrit pas dans le courant dominant de la recherche actuelle ; ainsi, le gouvernement américain subventionne rarement l’investigation psi. Le peu de crédits alloués à la recherche fondamentale sur le paranormal provient de quelques petites fondations privées et d’individus.

Les chercheurs psi ne bénéficiant de presque aucun support financier, peu de recherches se trouvent actuellement en cours. On ne peut vraiment parler d’une investigation psi active et soutenue que dans quelques rares laboratoires spécialisés dans tout le monde entier : l’Université de Freiburg, en Allemagne, le Centre Médical du Maimonides à Brooklyn, la Fondation pour la Recherche sur la Nature de l’Homme, à Durham, et l’Institut Standford de Recherche. Le plus gros de ces recherches est fragmentaire et manque de continuité. Sans une étude systématique et prolongée, il est improbable qu’une théorie complète sur le psi puisse être développée.

A l’heure actuelle, aux Etats-Unis, à l’exception de l’Université de Virginie, aucune université, quelle que soit sa taille, ne fournit de soutien financier pour la recherche psi. Les scientifiques employés dans ce genre d’institutions et qui s’intéressent au psi doivent trouver par eux-mêmes les ressources financières leur permettant de mener à bien ce type d’études. Robert Morris, chargé d’enseignement de parapsychologie à l’Université de Californie, à Santa Barbara, se trouve dans ce cas. Il obtient son salaire, non pas de l’université, mais d’une fondation privée.

Pour noircir encore le tableau, il se trouve que les découvertes déjà minces, issues de la recherche psi, ont fait l’objet d’une diffusion limitée auprès de la communauté scientifique, et plus généralement de l’ensemble du public. Il s’ensuit que le travail consistant à dégager les résultats de la recherche sérieuse et légitime, de la profusion d’informations fallacieuses qui grouillent autour du psi, s’avère extraordinairement difficile à réaliser.

Une raison pour laquelle il est si difficile de mettre la main sur les faits psi démontrés provient de la dénomination même, associée à l’investigation psi : le terme de « parapsychologie ». Quelle ironie qu’une branche de la science, dédiée à l’étude d’un mode inconnu de communication, se soit vu recevoir un nom aussi peu communicatif ! Il se trouve même des gens pour croire que, de la même façon que le terme améncain « paralegal » se rapporte à un assistant d’un avocat, le terme de « parapsychologue » désigne une personne venant en aide à un psychologue...

En outre, l’usage du titre de parapsychologue qui convient aux chercheurs psi n’est soumis à aucune restriction. Alors que des désignations professionnelles comme avocat, psychologue clinicien ou bien docteur en médecine, sont soigneusement réservées aux personnes ayant achevé avec succès un astreignant programme d’études, et réussi à décrocher des diplômes d’Etat, aucune garantie ne couvre le titre de parapsychologue dont quiconque peut se prévaloir impunément. En outre, la plupart des scientifiques des autres disciplines évitent soigneusement d’employer des termes comme « parapsychologue » et « parapsychologie ». Il s’en suit que les chercheurs sont peu au courant des découvertes parapsychologiques réalisées par certains de leurs collègues, ce qui a pour conséquence d’isoler encore plus le domaine d’études sur le paranormal.

La littérature en parapsychologie, elle aussi, pose problème. Il arrive souvent qu’on entende des scientifiques raisonner ainsi : « Si les études sur le psi sont réellement fondées, pourquoi alors ne les voyons-nous pas publiées dans les grandes revues générales de science ou d’éducation ? » Malheureusement, à part quelques exceptions, ces périodiques influents ont mis l’embargo sur la publication des travaux démontrant la réalité du psi. Ce refus vient probablement de la nature controversée de ce domaine ; également de la fraude, qui a longtemps jeté le discrédit sur l’étude des phénomènes paranormaux ; mais aussi des propres lacunes des éditeurs de ces revues en matière de parapsychologie. Il reste que cet ostracisme, dont sont frappés les articles sur les investigations parapsychologiques, a pour effet de renforcer la croyance des sceptiques à la non-existence du psi, donc à l’inanité de toute étude sur ce sujet. Cet état de fait élimine en outre un mode majeur de diffusion d’une information digne de confiance, auprès des chercheurs et du public cultivé.

Mais la situation concernant le grand public semble la pire de toutes. Il existe si peu de sources d’information valables sur le paranormal, et l’étude du psi en laboratoire est devenue tellement technique, que le plus gros de l’information diffusée par les médias s’avère douteuse, voire erronée. Le manque d’avis compétents pouvant émaner de spécialistes compromet aussi la possibilité que le monde des affaires vienne subventionner la recherche. Presque aucun des jurys devant lesquels peuvent être soumis des projets de recherche sur le psi, ne possède d’expert en parapsychologie capable de les conseiller. Il est ainsi particulièrement difficile pour ces projets d’obtenir des subventions. La Parapsychological Association a maintenant vingt ans ; mais elle peut bien s’échiner à prodiguer des avis professionnels, le faible effectif de ses membres et son manque de subventions restreignent sérieusement son influence. Effectivement, les personnes au courant de l’existence de cet organisme sont rares. Il s’ensuit que les scientifiques des autres disciplines ne sont pas familiers des travaux de recherche, parus dans les publications professionnelles de la P.A.

C’est ainsi que le cercle de confusion s’entretient de lui-même, indéfiniment. Peu de subventions, donc peu d’enseignement pour former de nouveaux chercheurs et éducateurs dans ce domaine ; alors, la communication des résultats de la recherche se fait mal ; le public ne fait donc rien pour appuyer le développement de la recherche psi ; ainsi, les subventions vont allleurs ... et la boucle est bouclée.

Pourtant, nous pensons qu’on peut rompre ce cercle vicieux. Si une information sérieuse est mise à la disposition du public, le problème du sensationnalisme, associé au psi, peut perdre de son acuité. Pour cela, il nous semble qu’un centre d’information sur le psi devrait être ouvert, afin d’aider les personnes intéressées par ce domaine à obtenir des renseignements sérieux, venant de personnes autorisées. Nous conseillons vivement à la P.A. ou quelque autre organisation professionnelle responsable, de prendre l’initiative en stimulant la recherche et la discussion interdisciplinaires, en supervisant des programmes d’études, et en faisant la chasse aux allégations fumeuses et fallacieuses émanant de « spécialistes » pour le moins contestables.

Nous espérons aussi que les chercheurs dans le domaine du psi, ainsi que dans d’autres disciplines, s’efforceront d’étendre systématiquement leurs échanges et leurs investigations.

Les sensitifs et les guérisseurs qui ont choisi de mettre leurs facultés au service du public pourraient se rassembler afin d’élaborer un code déontologique de leur pratique. Les professionnels des médias, de par le pouvoir énorme qu’ils détiennent quant à l’éducation du public, devraient faire un plus grand effort pour se familiariser avec les résultats de la recherche psi, tenter de sélectionner les sources d’information, et en tenir compte dans leurs commentaires sur les multiples aspects associés au psi. Les groupes d’intérêt non professionnels pourraient aider leurs membres à mieux distinguer entre les faits psi prouvés et la simple spéculation autour du psi. Enfin, les grandes fondations pourraient jouer un rôle vital en contribuant à la subvention de la recherche psi.

Nous espérons que cet article aura aidé le lecteur à porter un regard plus net et plus impartial sur le domaine du psi. Nous lui conseillons vivement de ne tomber ni dans la catégorie des sceptiques, ni dans celle des partisans, mais simplement d’être curieux, gardant l’esprit ouvert et prêt à considérer les faits à mesure qu’ils s’offrent à son jugement.

Comme l’électricité de Franklin, peut-être le psi attend-il son Edison. Mais, dès maintenant, nous possédons des indices suggérant que sa signification latente pour notre vie pourrait se révéler énorme. Nous avons vu qu’une personne est susceptible de réagir au psi, même à son insu. Se pourrait-il que nous tous nous nous influencions en permanence, les uns les autres, sans même en être conscients ? Serions-nous sur le point de prouver scientifiquement combien, en tant qu’êtres humains, nous nous trouvons tous inter-reliés, interdépendants, interinfluents dans la vie de tout un chacun ? Exprimé de cette manière, l’enjeu du psi n’apparaît pas si incohérent ; et pourtant, il ne laisse pas d’être impressionnant. La considération des possibilités qu’offre le psi fait apparaître clairement ce qu’il pourrait signifier pour nous tous, de nous reconnaître co-créateurs dans cet univers inachevé. Quelle joie que de participer au miracle de l’existence ; mais aussi, quelle responsabilité !


Pour aller plus loin :
-  Un bilan de la parapsychologie sur http://www.metapsychique.org/Situation-de-la- parapsychologie.html, par Pascale Catala.
-  Le blog de Bruno Lussato, spécialiste de la désinformation.
-  Vue d’ensemble sur les critiques et controverses en parapsychologie, par Eberhard Bauer.

L’IMI remercie Guy Beney pour son aimable autorisation de publication de cet article publié initiallement, en 1983, dans l’ouvrage "La recherche psi. Le bilan de la Parapsychological Association".

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