-  L’institut -  80 ans d’histoire -  La Revue Métapsychique

Quelques exploiteurs de la parapsychologie

Quelques exploiteurs de la parapsychologie
Souvenirs personnels de Robert Tocquet

Par IMI

Dans cet extrait de la Revue Métapsychique (1981, vol.15, n°3, 11-23), Robert Tocquet, ancien Président de l’Institut Métapsychique International, livre ses souvenirs et ses analyses de ceux qu’il appelle les "pseudo-parapsychologues", c’est-à-dire certains "utilisateurs" de la métapsychique à des fins mercantiles ou à des fins de tromperie. De nos jours, ce fléau est encore très répandu, ce qui donne au travail critique de Robert Tocquet toute son importance.


-  Les pseudo-fakirs
-  De Sarak
-  Tahra Bay
-  Les abus des illusionnistes
-  Les faux démystificateurs de la parapsychologie
-  Les marchands du temple
-  Les vendeurs d’amulettes
-  L’envoûtement
-  La sorcellerie dans les pays modernes
-  Conclusion : la pseudo-parapsychologie

Ainsi que le dit justement le docteur Jean Barry dans l’une de ses formules lapidaires dont il a le secret :
« Il y a ceux qui vivent pour la métapsychique et ceux qui en vivent. »
C’est de ces derniers que je vais parler.
Sans toutefois en faire une étude exhaustive, car ils sont légion, que l’on prenne ce terme dans son sens littéral ou dans celui des Ecritures.
Je me bornerai à envisager ici ceux que j’ai connus jusqu’à ce jour et depuis le début de mes recherches en métapsychique, c’est-à-dire à partir de 1914.
Pseudo-fakirs, tels que De Sarak et Tahra Bey, illusionnistes présentant leurs expériences sous le signe de la parapsychologie cependant que d’autres prestidigitateurs, trop médiocres pour exercer leur art, cherchent à se faire connaître en niant systématiquement le paranormal vrai, marchands de talismans, envoûteurs, exploiteurs des « ondes alpha », voilà quelques « utilisateurs » de la métapsychique à des fins mercantiles que j’ai rencontrés sur mon chemin.

Les pseudo-fakirs

De Sarak

Je n’ai connu le « fakir » De Sarak qu’à la fin de sa carrière, mais, néanmoins, je la rapporterai dans son ensemble car elle vaut la peine d’être relatée.
D’origine italienne, le Docteur Comte Albert de Sarak, qui, en fait, n’était ni docteur, ni comte, ni même Sarak, fut une figure des plus ébouriffantes de pseudo-psychisme. Son vrai nom était Alberto Sartini-Sgaluppi, mais il se fit successivement appeler : le Commandeur Sartini Chevalier d’Albert, le Chevalier Sartini de Rosarno, le Comte de Das, le Magnétiseur Sartini, le Comte Alberto de Sarak, et, enfin, le Docteur Comte Albert de Sarak.
Il se désignait modestement : Inspecteur Général du Suprême Conseil ésotérique de l’Orient, ou encore le Maître vénéré, ou bien le Grand Apôtre, le Premier Initié de l’Inde, où il n’avait d’ailleurs jamais mis les pieds, le Messager de la lumière, etc.
Ce charlatan audacieux, cynique et vaniteux, fit d’innombrables victimes non seulement dans les milieux psychiques, mais aussi dans le monde des Sciences, des Lettres et des Arts. Il vendait des titres de noblesse tout aussi authentiques que les siens propres et allait jusqu’à décorer, en grande pompe, des notabilités littéraires, d’une imaginaire décoration.
Ses expériences « psychiques », qu’il présentait en qualité de fakir, de yogi ou de Grand Initié, appartenaient en réalité à une très médiocre prestidigitation. Il les intitulait : « La création du feu », « La germination magique », « L’éclosion instantanée de poissons ».
Une poignée de foin et une cuvette remplie d’eau étaient données à examiner. Rien de suspect n’apparaissait. La cuvette étant tenue par un spectateur, l’eau était longuement magnétisée par le yogi. Ensuite, le fakir s’emparait du foin et le projetait dans la cuvette. Dès son contact avec le liquide, il s’enflammait par l’action, affirmait De Sarak, « du fluide magnétique accumulé dans l’eau ».
Cette première expérience était suivie d’autres merveilles, en particulier, la germination rapide de grains de blé et l’éclosion, en quelques minutes, d’œufs de poisson.
On apportait un peu de terre que chacun pouvait vérifier et l’on y semait des grains de blé. Cela fait, le yogi revêtait une grande robe blanche à manches pagodes, s’approchait du petit tas ensemencé et se livrait à une série d’incantations et de passes magnétiques. Il jouait si bien son rôle qu’il entrait apparemment dans une véritable transe et la sueur ruisselait sur son visage. Tout son être donnait l’impression d’une énergie faisant effort pour s’extérioriser.
Quelques minutes se passaient ainsi puis le yogi remuait le tas de terre avec un crayon et l’on voyait l’extrémité de brins d’herbe apparaître. Au bout d’une dizaine de minutes, la germination était achevée et des petites plantules étaient constituées.
Après avoir ainsi démontré son pouvoir sur le règne végétal, le fakir prouvait la puissance de sa volonté sur le règne animal en faisant éclore des œufs de poisson.
A cet effet, il donnait à examiner des œufs de caviar desséchés qu’il versait dans une sorte de vase en verre teinté de rose et à demi rempli d’eau.
Il enlevait sa robe qui, disait-il, « pouvait paraître suspecte », demandait qu’on lui attachât les mains derrière le dos puis s’asseyait dans un large fauteuil.
Une fois installé, il prenait le récipient entre les jambes, et le faisait recouvrir d’une nappe blanche. Les lumières étaient alors éteintes, sauf une lampe électrique qui se trouvait sur la cheminée, en arrière du fakir. Gémissements, balancements du corps à droite et à gauche, invocations, puis, après des minutes d’efforts, les lampes étaient rallumées. Un spectateur prenait le récipient et le montrait aux assistants : il contenait une demi-douzaine de poissons rouges.
Fernand Divoire, l’occultiste et journaliste bien connu, ainsi que de nombreux psychistes, crurent en la nature paranormale de phénomènes présentés par De Sarak.
La réalité était bien différente.
Tout d’abord, l’inflammation du foin se produisait très simplement au moyen d’un fragment de potassium introduit inostensiblement dans l’herbe sèche. Au contact de l’eau, le potassium donne lieu à un dégagement d’hydrogène qui s’enflamme spontanément, la réaction du métal sur l’eau étant très exothermique.
D’autre part, les jeunes tiges de blé, développées miraculeusement, ne provenaient pas des grains semés. Elles étaient logées dans le crayon formant un tube, utilisé par le yogi lorsqu’il remuait la terre. Au cœur de cette manœuvre, en apparence anodine, les plantules étaient enfoncées en terre.
Quant aux poissons, ils provenaient d’un réservoir en caoutchouc porté par le fakir. Cet appareil était muni d’une poire que De Sarak pressait soit avec ses mains liées derrière le dos, soit en s’appuyant convenablement sur le dossier de la chaise au cours de ses nombreux balancements. La pression de l’air propulsait les poissons jusqu’au petit réservoir tenu par l’opérateur.
Malheureusement pour le yogi cette expérience fut dévoilée en de plaisantes circonstances :
Un soir, une dame, ayant constaté que le fakir dissimulait un appareil de caoutchouc renfermant de l’eau avec des poissons et que ceux-ci arrivaient par un tube dans le petit aquarium tenu par le yogi, s’écria : « Mais il nous prend pour des poires. »
Pour effacer la mauvaise impression que cette juste remarque avait faite dans l’assistance, Sarak eut alors l’idée de mettre dans des verres les poissons qu’il venait apparemment de faire éclore et de les offrir aux personnes présentes. Malencontreuse pensée ! il se trouvait en effet que ce jour-là, le jeune Sarak assistait à la sensationnelle expérience. Voyant que son père distribuait les poissons, il se mit à pousser des cris d’orfraie, à pleurer, à courir vers sa mère et à s’écrier : « Maman, ils me prennent tous mes poissons. »
On devine la suite.
De plus, quelque temps après cet incident, le célèbre illusionniste Caroly dévoilait tous les tours du yogi dans l’Illusionniste, journal des prestidigitateurs amateurs et professionnels.
On pourrait penser qu’après ce double démasquage, Sarak perdit tout crédit. Il n’en fut rien. De nombreuses personnes persistèrent à regarder le charlatan comme un véritable et puissant fakir et le soutinrent financièrement. Encouragé, le faux mage releva la tête et poussa même l’impudence jusqu’à assigner plusieurs publications qui avaient dévoilé ses tours, mais il se montra assez avisé pour ne pas se présenter devant le tribunal. Ensuite, il quitta Paris pour aller faire de nouvelles dupes en d’autres pays.
J’ajoute que les « expériences » qui sont habituellement présentées par les fakirs de l’Inde (tour du manguier, production de scorpions par exemple) sont très vraisemblablement analogues à celles qui étaient produites par Sarak. Il faut, je crois, avoir la candeur, les yeux émerveillés... ou l’esprit de mystification d’un père Huc, d’un Javolliot, d’un Ossendowski, d’un Dr Cunnon, d’un Marquès-Rivière et d’un Paul Brunton pour voir, dans les exercices des fakirs hindous, des phénomènes paranormaux. Nos modernes prestidigitateurs font beaucoup mieux que ce que l’on trouve dans les récits des auteurs précités.
Je signale d’autre part, à propos de la germination paranormale ou pseudo-paranormale des graines, que l’on peut accélérer considérablement le développement des plantules à l’aide de traces d’engrais catalytiques ou d’auxines de croissance. Il convient donc de tenir compte de cette possibilité dans les expériences relatives à l’action du « fluide magnétique » ou de la pensée sur la germination, les substances en question pouvant être ajoutées inostensiblement par l’opérateur au cours des manipulations.

Tahra Bay

Tahra Bay est un autre fakir que j’ai beaucoup mieux connu que De Sarak. D’après ses propres déclarations, il serait né en Egypte en 1897 et appartiendrait à la secte des Coptes chrétiens. Arrivé en 1905 à Constantinople, il aurait fait ses études classiques dans cette ville puis passé ses examens de médecin. Après avoir parcouru la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, l’Italie, il vint à Paris en 1925, et, se disant initié aux rites d’Orient, présenta ses fameuses expériences de fakirisme que je décris longuement dans trois de mes livres [1] : l’auto-catalepsie, la pseudo-insensibilité, la planche à clous, l’enterrement, etc. En réalité, les expériences de Tahra Bay n’avaient aucun caractère paranormal et appartenaient exclusivement à la prestidigitation.
Après une éclipse de 25 ans, Tahra Bay est revenu en France et a donné à Paris, en 1949, les mêmes expériences qu’il produisait quelque vingt ans auparavant.
De plus, bénéficiant d’extraordinaires complaisances dans l’administration des P.T.T., il utilisa la voie des ondes de notre Radio Nationale pour réaliser une expérience dite de suggestion mentale. Cette expérience qui ne présentait aucun intérêt scientifique mais qui était en réalité une énorme réclame publicitaire a probablement valu à son auteur des centaines de consultations particulières. Au dire d’un quotidien, Tahra Bay aurait reçu, au Brésil, après une démonstration semblable, plusieurs milliers de lettres d’auditeurs !
Ce que je n’ai pas compris en cette affaire (à l’époque, j’ai été le seul à protester et ma protestation est restée sans échos) fut l’inertie des pouvoirs publics, des associations médicales et de l’Ordre des Médecins.
Outre que le but visé par le fakir - appelons-le de la sorte puisque c’est ainsi qu’il se nomme lui-même - était certainement intéressé, des accidents graves de nature hystérique auraient pu se produire et ont même sans doute éclaté au cours de l’expérience en question. Son interdiction était donc une mesure de salubrité publique.

Pour terminer ces deux courtes biographies de De Sarak et de Tahra Bay, je dirai qu’ils représentent pour moi le type même des faux fakirs qui, sous le couvert du psychisme avec un aplomb et une effronterie incroyables, abusent et profitent tout à la fois de la crédulité publique.

Les abus des illusionnistes

De même que les pseudo-fakirs, certains illusionnistes présentent leurs expériences sous le signe du paranormal. J’en ai rencontré quelques-uns, mais je ne parlerai ici que de l’un d’eux car le procédé qu’il a employé pour réaliser une expérience de « prédiction d’avenir » est assez subtil.
Bien entendu, je ne fais pas entrer dans cette catégorie les illusionnistes de music-hall qui présentent des expériences de pseudo-télépathie ou de pseudo- clairvoyance : ils ne nous trompent pas puisqu’ils nous annoncent précisément que leur métier est de nous tromper [2].
L’expérience en question fut réalisée par le « magicien » S... dans les salons de Radio-Luxembourg à l’occasion du référendum du 8 janvier 1961.
Ce soi-disant métagnome, qui prétendait détenir d’extraordinaires secrets de géomancie, confia, la veille du référendum, à un huissier et en présence de témoins, un coffret dans lequel il plaça, au vu de tous, un tube de verre qui renfermait un carré de papier. Il avait, dit-il, écrit à l’avance sur le papier les résultats du référendum. Cette petite scène, au cours de laquelle le coffret fut fermé à clef et dûment scellé, fut radiodiffusée et télévisée, mais, personnellement, je n’en avais pas eu connaissance. Le coffret fut placé dans un coffre-fort par l’huissier et la clef fut conservée par S..., ce qui était tout naturel.
Le lendemain du référendum, ce coffret qui, à aucun moment ne fut touché par S..., fut ouvert par l’huissier. Il y trouva le tube d’où il retira le papier. Et les témoins ébahis constatèrent alors que les résultats exacts du référendum étaient inscrits sur le billet. Cette scène fut également radioffusée et télévisée.
Mais heureusement, la Direction et certains collaborateurs de Radio-Télé-Luxembourg trouvèrent cette démonstration de métagnomie un peu trop étonnante pour être vraie. En outre, et ceci était pour le moins regrettable, des lettres d’auditeurs et de téléspectateurs commençaient à affluer à la station. La plupart des correspondants demandaient à S... de leur fournir le numéro gagnant du prochain tirage de la Loterie Nationale ou encore celui des prochains tiercés, car ils avaient cru comprendre, en écoutant le boniment du prétendu métagnome, que celui-ci était capable de faire ces prédictions. Comme les lettres renfermaient souvent un substantiel mandat ou un billet de banque, la Direction eut le sentiment que l’affaire s’engageait dans une voie fâcheuse qu’elle n’avait pas prévue.
C’est alors qu’elle me demanda de venir au micro de l’émission Dix millions d’Auditeurs ainsi que devant des caméras de télévision pour que j’explique, si ceci m’était possible, le mécanisme de la supercherie.
Je me fis alors raconter ce qui s’était passé, et, aussitôt après en avoir entendu le récit, je dis : « J’ai compris. »
On peut dire en un mot que la clef du mystère résidait dans la clef du coffret.
Cette clef, d’une grosseur anormale pour un petit coffret, renfermait en fait selon son axe un tube identique à celui qui était censé contenir les résultats du référendum. Grâce à un dispositif spécial, une sorte de déclic, la clef engagée dans la serrure abandonnait son tube dans le coffret. Bien entendu, les résultats du référendum, qui étaient alors connus, étaient consignés dans ce tube. Quant au premier tube, qui ne renfermait qu’un carré de papier blanc, il avait été escamoté par S... au moment de la fermeture du coffret, et, comme celui-ci était intérieurement capitonné, on ne pouvait se rendre compte de son absence en secouant le coffret. Ainsi, comble d’ironie, c’était l’huissier, chargé de contrôler l’expérience, qui, à son corps défendant, avait réalisé la supercherie.
Fait significatif : beaucoup de prestidigitateurs m’envoyèrent leurs félicitations pour avoir dévoilé le truquage.
Ainsi, André Mayette, directeur de la revue « Le Magicien » qui, à l’époque (1961), était la plus importante revue des prestidigitateurs amateurs et professionnels, m’écrivit (12 janvier 1961) :
« Cher Monsieur, Nous avons appris que vous avez, lors de l’émission Dix millions d’Auditeurs, à Radio-Luxembourg, remis les choses au point concernant la « farce » de Monsieur S...
« Nous tenons à vous féliciter vivement sur cette initiative car il est nécessaire de combattre ces gens qui exploitent le public.
« J’aimerais, lors de votre prochain passage à notre Rédaction, vous entretenir à ce sujet, car nous serions très heureux si vous pouviez nous faire, pour le prochain numéro du Magicien, un article traitant cette question. « Dans l’attente du plaisir de vous voir... etc. »

Les faux démystificateurs de la parapsychologie

Il est une autre catégorie d’illusionnistes, qui, à l’encontre des précédents, « profitent » indirectement (pécuniairement s’entend) de la parapsychologie. Il s’agit, en l’occurrence, de ces illusionnistes de second plan qui jacassent avec beaucoup de suffisance sur la parapsychologie, prétendant, bien que n’ayant jamais eux-mêmes expérimenté, que tout n’y est qu’erreurs ou truquage éhonté, et qui, sans connaître ni le faux ni le vrai, offrent au public éberlué une pacotille de tours n’ayant aucun rapport avec les phénomènes authentiquement paranormaux. Et, par le truchement de livres, au reste très médiocres, de conférence, de la radio et de la télévision, ils ont ainsi trouvé le moyen de propager leurs affabulations, de gagner quelque argent, et de parvenir à une relative mais certainement éphémère notoriété.
Mais comme la présomption est le plus souvent en raison directe de l’ignorance, leur attitude n’est pas tellement surprenante.
Vraisemblablement, si l’on s’en tient à leurs affirmations, ils croient qu’ils sont des novateurs en la matière alors qu’il n’en est rien. A cet égard, j’ai personnellement connu l’un de leurs collègues, le « professeur » Dicksonn, qui, naguère, s’est comporté de la même façon. Avec cependant cette différence que Dicksonn, qui, en réalité, s’appelait Comte Paul-Alfred de Saint-Genois de Grand Breucq, était un homme de bonne compagnie, courtois, aimable, distingué, un véritable gentilhomme de naissance et de tempérament. En parlant des métapsychistes et des médiums, il n’avait jamais l’injure à la bouche. Ce qui, hélas ! actuellement, n’est pas toujours le cas. Mais nous avons ici affaire, il est vrai, à des médiocres illusionnistes qui, en fait, cherchent essentiellement à faire parler d’eux-mêmes.

Les marchands du temple

Les vendeurs d’amulettes

Parmi les « marchands du Temple », les vendeurs d’amulettes et de talismans tiennent également une place de premier plan.
En effet, il est encore, à notre époque de l’utilisation industrielle de l’atome et de la conquête des espaces cosmiques, des « mages » et des « initiés » qui vendent, à un prix fort élevé, tout cet attirail moyenâgeux préparé selon les règles de l’art. Je pourrais donner des adresses... Ainsi, un authentique docteur en philosophie, M. F.R.W..., met à la disposition de sa clientèle, et je sais qu’elle est très importante, soit des Talismans zodiacaux triangulaires à but précis (n°6, santé et guérison ; n°8, protection contre le mal, etc.), au prix de quinze francs, soit, moyennant deux cents francs, des Clefs de protection dont la « consécration est faite avec intention dans le nom du possesseur », soit enfin, des Talismans de Grand Pouvoir, sur parchemin, « en accord avec l’horoscope individuel », contre la somme de quatre cents francs. On conviendra que ces prix sont proprement exorbitants [3], et, cependant, comme je l’ai dit, les chalands sont nombreux.
Je signalerai également La Clef magique qui « permet de tirer parti du monde invisible », Pax qui est « travaillé par un initié possédant des dons spéciaux », le Cœur magnétique qui dégage « des rayonnements magnétiques constants à travers un alliage para-magnétique breveté S.G.D.G », la Croix d’Agades qui dégage « un fluide bénéfique qui a été ressenti par de nombreux médecins », Lashmi « un talisman qui n’est pas comme les autres, car c’est une idole chargée au cours des siècles de la réalisation des espoirs de millions d’hommes », les Cona pa, « merveilleux talisman du vieux Mexique, dans lequel les grands-prêtres Inca ont réussi à concentrer les puissances cosmiques de l’univers », etc.
Il existe même des talismans pour chiens et chats, et, au cours d’une émission radiophonique de France-Inter, j’ai été personnellement confronté avec l’ « inventeur » de ces talismans animaliers qui était, comme il se doit, muni de nombreuses attestations élogieuses.
Bien sûr, de nos jours, la foi aux amulettes et aux talismans n’est plus aussi vive qu’au temps des Egyptiens et des Romains, mais il n’en demande pas moins qu’ils sont encore nombreux ceux qui recherchent des porte-bonheur, qui croient à l’influence heureuse des trèfles à quatre feuilles, qui ramassent un fer à cheval pour le prendre au-dessus de leur porte ou qui achètent un talisman.
Et le problème qui se pose est de savoir si ces fétiches sont vraiment bénéfiques. Dans son ouvrage La Magie quotidienne, Guy Casaril répond fort pertinemment à cette question. « En général, écrit-il, tout acheteur de talisman est un faible qui recherche un appui. Comme tout individu désemparé, il a tendance à se vivre plus malheureux et plus menacé qu’il n’est en réalité. La situation d’infériorité provisoire qui est la sienne lui dissimule la somme des possibilités qu’il recèle en lui-même. Il ne sait plus avoir confiance. Il ne sait plus vouloir. Il achète donc un talisman. S’il a confiance, les possibilités latentes de sa personnalité sont transférées au talisman et il trouve, dans cet objet, la confiance, la force et la volonté qu’il ne parvenait pas à trouver en lui-même, à cause de sa faiblesse et de son aveuglement. Le talisman joue alors en quelque sorte, le rôle du psychanalyste ou de la « bonne voyante » ; il révèle l’homme à lui-même, lui supprime ses inhibitions et lui permet d’agir.
« Réciproquement, ajoute malicieusement Guy Casaril, je crois pouvoir dire que la psychanalyse est une forme moderne de la « science » talismanique. »
En tout cas, la vente des talismans est souvent une affaire en or : investissement très faible, prix de revient dérisoire, frais généraux minimes.

L’envoûtement

L’envoûtement, qui consiste à agir en bien ou en mal, mais surtout en mal, sur l’homme ou sur les animaux, par l’intermédiaire d’une figurine appelée quelquefois volt, présente, en ce qui concerne ses effets réels ou imaginaires, des points communs avec le « pouvoir » des talismans.
L’homme préhistorique l’utilisait déjà pour capturer ou frapper l’animal qu’il convoitait. Il apparaît un effet de plus en plus certain, comme je l’ai montré dans l’un de mes ouvrages [4], que la plupart des dessins préhistoriques n’étaient pas des tableaux faits pour être admirés, mas qu’ils étaient destinés à donner à l’homme une sorte d’emprise magique su le gibier qu’il s’agissait de diriger, de blesser ou de tuer. Des scènes de conjuration avaient très vraisemblablement lieu dans les grottes après l’exécution des dessins afin de soumettre à la volonté humaine l’animal envoûtée. Au reste, beaucoup de peuplades primitives actuelles, qui ne font probablement que répéter des rites ancestraux préhistoriques, pratiquent ces sortes de cérémonies.
L’envoûtement, appliqué à l’homme, peut être de guérison, d’amour ou de haine. Dans les trois cas, le rituel est le même. Le sorcier fabrique d’abord une figurine avec de la cire d’abeille, l’habille de vêtements analogues à ceux que porte la personne qu’il veut envoûter, place dans ces vêtements ou introduit dans la cire elle-même des cheveux, des rognures d’ongles appartenant à la personne visée puis baptise la statuette. Celle-ci est alors « sensibilisée ».
Si l’opérateur désire exercer une action maléfique, comme c’est, ainsi que je l’ai déjà signalé, généralement le cas, il s’acharne sur la figurine, la pique à l’aide de longues aiguilles à l’endroit du cœur, du foie et du cerveau, la pince, l’écorche. Après quelques séances de ce genre, l’envoûté, si l’on en croit les ouvrages de sorcellerie, est atteint dans sa santé physique, dépérit, et, enfin, meurt.
Pour une action rapide et passagère, le sorcier peut se servir d’hostie. Il écrit alors, au verso de l’hostie, le nom et les prénoms de la personne à ensorceler, se concentre, agit sur l’hostie comme sur une figurine et la brûle dans la flamme d’un cierge.
Parfois, il utilise aussi des sortes de coussinets confectionnés avec le cou de poules ou de pigeons, des morceaux de toile grossièrement découpés en vue d’initier une personne ou un organe. Après que ces objets ont été « sensibilisés », il les introduit dans l’oreiller de la future victime.
« Je possède, écrit le Révérend Père Reginald Omez, un certain nombre de ces objets provenant de domaines, du Pays basque et de la Vendée. On en trouve de semblables ailleurs. »
Afin de lutter contre un effet maléfique, le sorcier utilise le contre-envoûtement. L’une des pratiques les plus courantes consiste à réitérer l’acte accompli par le maléficiateur et à lui renvoyer le sort. Le libérateur peut aussi prendre le mal à son propre compte.
D’autre part, dans la plupart des pratiques traditionnelles de la sorcellerie, on constate que la victime du sortilège doit être avertie d’une manière quelconque de ce qui se prépare contre elle : ossements disposés en croix placés sur son passage ; porte marquée d’un signe ; volt symbolique (cœur percé d’épingles, figure de cire mutilée) disposé dans son voisinage ; couteau fiché dans son champ, etc. Il s’ensuit que l’explication télépathique de l’envoûtement est généralement superflue : l’envoûté est, en l’occurrence, un auto-envoûté.
Il est également dit dans les manuels de magique l’envoûtement peut manquer son but si la victime est pure et qu’alors la malédiction revient frapper l’opérateur. Il est donc recommandé aux victimes d’un envoûtement de se purifier de toutes leurs culpabilités et surtout de ne jamais répondre par la haine à la haine de leur persécuteur, mais de s’efforcer d’avoir pour lui, dans le fond du cœur, pitié et pardon, Dans ces conditions, il est clair que les complexes autopunitifs des envoûtés se trouvent libérés des suggestions du sorcier.

La sorcellerie dans les pays modernes

Comme on pouvait s’y attendre, la plupart des envoûteurs et des fabricants de talismans se parent, à notre époque, du titre de « parapsychologue ». Ce qui constitue évidemment une grossière imposture. Mais le plus grave est que le public, même instruit et cultivé, est dupe de cette confusion. Ainsi, une avocate de grand renom m’a demandé naguère si, en qualité de parapsychologue et grâce à l’envoûtement, je ne pourrais pas faire revenir à elle un ami inconstant. Dans un cas très différent, j’ai été dernièrement sollicité à me rendre dans un village près de Chartes pour « désenvoûter » les habitants d’une ferme hantée (car ceux-ci croyaient que je possédais ce pouvoir) où l’on entendait des bruits violents, terrifiants et inexplicables, où les portes et les fenêtres s’ouvraient et se refermaient d’elles-mêmes. Après une enquête sur les lieux (où je trouvai l’adolescent habituel, au surplus infirme et psychiquement déficient) j’acquis rapidement la conviction que ces manifestations étaient réelles, en tant que faits, c’est-à-dire sans préjuger leur nature exacte. Les voisins, les gendarmes, le curé du village en avaient été maintes fois les témoins. Ce dernier bénit même la maison et déposa des médailles de saint Benoît dans les tiroirs des meubles afin de faire cesser les phénomènes, mais cela sans résultats.
Personnellement je n’observai rien, mais, chose curieuse, les phénomènes cessèrent après ma visite à la ferme sans que, est-il besoin de le dire, j’aie fait quoi que ce soit dans ce but. Ce résultat inattendu s’est produit, semble-t-il, grâce à cette circonstance que les fermiers et surtout la fermière étaient convaincus, comme je l’ai signalé, que j’avais, en qualité de membre du Comité de l’Institut Métapsychique International, le pouvoir de commander, selon leur propre expression, aux « forces maléfiques ».
Quoi qu’il en soit, la sorcellerie, sous toutes ses formes, est actuellement en progression constante dans les pays se disant civilisés.
L’église anglicane s’en inquiète au point que la hiérarchie s’efforce de lutter pour tous les moyens dont elle dispose pour réduire la vague d’envoûtements et de sortilèges qui menace le libéral pays britannique.
En Espagne, le mal est si grand qu’on a cru opportun de réaliser un Congrès International de la sorcellerie où un jésuite espagnol a souligné l’importance de ce débat.
L’Italie, à son tour, se plaint des maléfices, de magie noire, voire de messes noires, en notoire progression dans certains lieux et contrées.
En France, et selon mes propres enquêtes, il y a trois sorciers pour 20 000 habitants en Bretagne, deux pour 10 000 en Lorraine et en Béarn, cinq pour 10 000 à Paris et six pour 10 000 à Lyon.
Aux Etats-Unis, une brigade de policiers antisorcellerie a été mise en œuvre. Le périple de cette croisade passe par quarante-cinq villes américaines. Ce sont surtout parmi les jeunes, qui se déclarent asociaux, que l’on recrute le plus de partisans de l’occultisme maléfique.
Il semble par conséquent que nous assistions, en notre époque trépidante, inquiète et névrosée, à une reconnaissance de la magie la plus étrange et de la sorcellerie la plus basse, de sorte que des gens apparemment sensés et doués de sens critique, n’hésitent pas à venir s’agenouiller dans les cryptes des sanctuaires de l’occulte. Les forces qui se produisent en ces temples ténébreux les affolent et les désorientent. Ils s’hallucinent, voient et croient. Quant à l’objectivité des phénomènes qui s’y produisent, le scepticisme s’impose. Il apparaît que la plupart sont purement subjectifs. Ils ne s’objectivent que par le canal des actions humaines, et, en particulier, de la fraude.
Il faut donc étudier rigoureusement, scientifiquement, positivement ces manifestations subconscientes, psychiques et occultes, dévoiler sans pitié la fourberie, exiger des preuves irréfutables. La contagion magique, déjà fort répandue, serait une terrible maladie si elle s’étendait sans obstacles. L’homme a trop lutté contre les superstitions ancestrales pour accepter de retomber si vite dans les bras des sorciers.

Conclusion : la pseudo-parapsychologie

Pour terminer cet article, qui est loin d’épuiser la question, je dénoncerai une forme plus subtile que les formes précédentes, de l’utilisation de la parapsychologie ou de la psychologie à des fins mercantiles. Il s’agit, d’une part, de l’activité de ces « Instituts de parapsychologie et de psychologie » qui affirment qu’il est possible, grâce à leurs méthodes, d’acquérir sans effort toutes sortes de connaissance, « d’augmenter le formidable potentiel des facultés latentes qui existe dans tout être humaine », et, d’autre part, de ces marchands d’ « ondes alpha » qui promettent à leurs éventuels clients la télépathie à volonté, la clairvoyance à coup sûr et combien d’autres facultés parapsychologiques.
Les Instituts que je viens de signaler utilisent, plus ou moins modifiée, la suggestopédie mise au point par Georgi Lozanov, médecin et psychothérapeute bulgare. Les étudiants se trouvant dans un état de relaxation aussi complet que possible, l’instructeur psalmodie, sur un fond de musique classique, les matières qu’il désigne enseigner. Durant cette phase passive, ils ne doivent pas prêter attention à la leçon mais écouter uniquement la musique. « L’étudiant-type, affirme Georgi Lozanov, apprend ainsi en deux ou trois mois un ensemble de connaissances qui demande normalement deux ans d’études universitaires. »
Cette méthode est maintenant répandue dans le monde entier, et, en particulier, aux Etats-Unis où elle est largement commercialisée. En l’occurrence, le procédé est souvent exploité sous une forme qui frise le charlatanisme. Ainsi que le souligne Gay Guer Luce et Julius Segal, chargés par le gouvernement américain d’étudier les travaux de l’Institut de la santé des U.S.A. concernant le sommeil, « il existe maintenant dans presque toutes les grandes villes des U.S.A. des centres d’instruction par la détente et par le sommeil qui vous promettent de vous inculquer toutes les connaissances possibles et imaginables et de bonifier votre personnalité sans aucun effort de votre part. Cela va de la connaissance du français à l’enseignement technique en passant par mille domaines tels que ceux de la réussite commerciale, de la lutte contre l’insomnie, de la psychothérapie subliminale, du traitement de l’onychophagie, du tabagisme, etc. »
Et ces auteurs ajoutent : « Aux Etats-Unis, les sociétés qui consacrent leur activité à l’enseignement par le sommeil font des millions de chiffre d’affaires. »
En France, trois ou quatre groupements à but commercial, mais qui se disent « psychiques » ou « parapsychologiques », ont repris à leur compte ces procédés et leur ont adjoint l’exploitation des « ondes alpha » [5] lesquelles, affirment-ils, constituent la condition sine qua non de l’ apparition, chez toute personne normale, des facultés ou des pouvoirs parapsychologiques. A cet effet, ils écrivent d’abord des livres en se donnant l’air d’avoir puisé aux sources alors qu’ils ne font que dépouiller des auteurs dont ils taisent le nom.
Ensuite, ils organisent des « séminaires alpha », des « soirées d’initiation », où tout un chacun est sollicité au titre d’ « invité privilégié, le nombre de places étant strictement limité » des conférences, des réunions spectaculaires où ils convient d’authentiques parapsychologues qui, par leur présence, leur apportent une caution intellectuelle et morale.
Ces manifestations, véritables miroirs à alouettes, leur attirent une nombreuse clientèle de dupés... satisfaits.
Elles sont donc efficaces, mais sont-elles vraiment licites et morales ?
Au lecteur de juger.

[1] Robert Tocquet, Hommes-phénomènes et Personnages d’exception, Editions Robert Laffont, Paris, 1979 ; Hommes-phénomènes et Personnages d’exception, Editions Spéciale de Laffont Canada LTEE, 1981 ; Mon livre de Magie, Editions Scientifiques et Psychologiques (E.A.P.), Issy-les-Moulineaux, 1981.

[2] Dans mes ouvrages désignés ci-après, je montre clairement comment on peut réaliser facilement des expériences de pseudo-télépathie et de pseudo-clairvoyance. Robert Tocquet : La Prestidigitation à la portée de tous, Editions Pierre Belfond, Paris, 1977. - Les Tours de Cartes à la portée de tous, Editions Pierre Belfond, Paris, 1977. - Mon livre de Magie, Editions Scientifiques et Psychologiques (E.A.P.) Issy-les-Moulineaux, 1981.

[3] Note : il semble que Robert Tocquet calcule en ancien franc. Les sommes correspondantes en euros sont les suivantes : 15f = 228€ ; 200f = 3048€ ; 400f = 6097€. S’il calcule en franc nouveau, il faut diviser ces sommes par 100.

[4] Robert Tocquet, L’Aventure de la vie. De l’atome à l’homme, Editions Larousse, Paris, 1967.

[5] Je rappelle ici que les variations électriques des cellules cérébrales produisent des courants d’ensemble que l’on peut enregistrer à travers le crâne. Ces courants d’action, qui sont des courants oscillants de très faible voltage (de l’ordre du dixième de millivolt) et de basse fréquence (de 4 à 30 pulsations par seconde), ont été découverts en 1929 par le docteur Hans Berger de Leipzig.
Le plus important est le rythme « alpha » qui correspond au repos sensoriel. Il est formé d’oscillations assez régulières d’aspect pseudo-sinusoïdal et présentant de 8 à 12 cycles par seconde. On l’obtient avec un sujet normal au repos, détendu psychiquement, en relâchement musculaire complet et les yeux fermés. Il disparaît lorsqu’on ordonne au patient d’ouvrir les yeux. Il s’évanouit également si le sujet fait un effort intellectuel suffisant, si on lui fait entendre un bruit assez intense ou si on le soumet à une excitation douloureuse.
Le rythme « bêta » se rapporte à l’activité sensorielle. Il est constitué de très petites oscillations de fréquence plus rapide que celle du rythme alpha (14 à 30 oscillations par seconde). Il persiste chez certains sujets gardant les yeux fermés. Ce sont des personnes dont l’imagination est à prédominance visuelle ou qui présentent un médiocre équilibre vagosympathique.
Une troisième forme d’activité rythmique se manifeste beaucoup plus rarement et sa présence est inconstante. Sa fréquence qui est basse est de l’ordre de 4 à 7 oscillations par seconde. On l’appelle le rythme « thêta ». Il est habituellement lié à un état émotionnel désagréable survenant au cours de l’enregistrement électro-encéphalique. On le rencontre aussi chez les personnes au comportement agressif.
Enfin, d’autres rythmes cérébraux apparaissent dans l’enfance, pendant le sommeil et sous l’influence de maladies cérébrales. Ainsi, pendant le sommeil, le rythme alpha persiste d’abord mais sa durée et son importance diminuent progressivement. Le tracé électro-encéphalique passe ensuite par plusieurs stades différents dont le dernier, qui correspond à un sommeil profond, est représenté par un rythme très lent inférieur à 4 oscillations par seconde et désigné sous le nom de rythme « delta ».


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