| LE "PARANORMAL", NOUS N'Y CROYONS PAS. NOUS L'ETUDIONS. |
Activités de l’IMI
Réactions à l’actualité
Il est courant que les magazines de l’été consacrent couvertures et dossiers au paranormal. Cette année n’y a pas échappé. Pour certains de ces articles, des membres de l’IMI ont été consultés et des articles d’une bonne qualité en découlent. Mais ce n’est pas le cas partout, et il est nécessaire de soumettre ces dossiers de l’été à l’examen critique. Nous étudierons les cas de Fémina, Science et vie Junior, Sciences et pseudo-sciences et Science revue.
Fémina a réalisé un sondage montrant que 67 % de ses lecteurs croient aux revenants. Une interview de Pascale Catala, disponible en ligne, répond à quelques questions courantes sur l’étude scientifique des « fantômes ».
La couverture du Science et vie Junior d’août 2008 (n°227) titre : « La transmission de pensée : les expériences qui dérangent ». Un dossier de 10 pages aborde plus ou moins les expériences scientifiques sur la télépathie. Quelques « leçons de télépathie » sont en fait des tours de « mentalisme » pour impressionner ses amis. Un article sur « la machine à lire les pensées » discute en réalité d’une étude mesurant des corrélations entre l’utilisation de notre lexique et l’activité de zones cérébrales. De même, « radio cerveau » mentionne des recherches cherchant à faire un usage des signaux émis par notre cerveau dans différentes tâches. La parapsychologie est abordée seulement à travers deux articles. L’un d’eux fait l’histoire des recherches militaires sur la parapsychologie, en parallèle des tensions de la Guerre froide. Mais l’historique est très incomplet et ne rend pas compte des conclusions positives des rapports de 1995, à propos d’effets répliqués mais toujours inexpliqués.
Le dernier article a bénéficié des conseils d’un interlocuteur de l’IMI, même si ce dernier n’a pu relire l’article qui reste imprécis par endroits. Il présente les recherches parapsychologiques utilisant le paradigme du Ganzfeld. Le corps de l’article développe également les recherches sur les corrélations dyadiques réalisées par Marios Kittenis, dans le cadre de sa thèse de parapsychologie à l’Université d’Edinburg. Comme il nous l’a présenté lors du dernier congrès Euro- PA, son travail porte sur les corrélations des électroencéphalogrammes de deux sujets distants l’un de l’autre. L’un des sujets est stimulé par un flash visuel et l’autre non. On compare les électroencéphalogrammes des deux sujets. Marios Kittenis confirme les résultats préalablement obtenus par Jiri Wackermann (2003, 2006) de l’IGPP, avec une activité anomale du cerveau du sujet non stimulé au moment où l’autre sujet est stimulé. D’autres conditions testées par Kittenis (jouant principalement sur la sélection des sujets pairés) obtiennent des résultats variables. Ces recherches semblent particulièrement prometteuses car elles ont récemment été publiées à plusieurs reprises dans des revues mainstream par des équipes différentes.
La journaliste (Carine Payrières) a demandé l’avis d’un spécialiste en imagerie cérébrale à la Pitié-Salpétrière. Celui-ci reconnait que les résultats sont vraiment innovants. « S’ils sont confirmés, cela vaudrait vraiment le coup de creuser plus loin. Mais avant il faut les valider, en les reproduisant dans d’autres laboratoires et avec des chercheurs qui ne soient pas tous issus de la parapsychologie. » Nous sommes d’accord sur la nécessité de reproduire encore ces expériences dans des laboratoires indépendants, mais nous pensons qu’avant de disqualifier ces recherches du fait de leur source, il faudrait montrer quelles différences méthodologiques justifieraient un tel écart, alors que les comptes rendus de ces recherches sont acceptés par les revues de neurophysiologie classique.
La revue de l’AFIS, Sciences et pseudo-sciences, distribuée en kiosque, titrait « Parapsychologie, paranormal, homéopathie : La force de l’illusion », pour son n°282 de juillet 2008. Le sujet de la parapsychologie est abordé par un article du biophysicien Henri Broch, dont le titre est : « La force d’une croyance peut être immense » (p.35-40). Dans cet article, Broch vient présenter son parcours de critique de la parapsychologie, et expose quelques arguments qui rapprochent la parapsychologie d’une pseudo-science, et les parapsychologues de gourous qui défendent leur gagne-pain. Il n’est donné aucune référence pour les recherches récentes ou anciennes en parapsychologie. Le propos se résume à discréditer la parapsychologie, tout en prêtant aux parapsychologues des propos imaginaires. Quant aux véritables critiques émises par les parapsychologues, elles attendent encore d’être prises en considération (cf. par exemple le livre de B. Méheust ; parapsychologie.html" class="spip_out">l’article de Jean Buisson ; ou encore plusieurs des problèmes pointés par les auteurs du Blog Zététique)
Cet article fait également écho à l’actualité de son auteur, qui vient de faire paraître deux livres chez l’éditeur book-e-book, dans une nouvelle collection qu’il dirige appelée « Une chandelle dans les ténèbres ». Ces livres font l’objet d’un encadré, ainsi que de notes de bas de page, dans lesquelles on retrouve encore la mention de deux autres ouvrages de Broch. Comme le disent les membres de l’Observatoire Zététique dans la newsletter du 13 juillet 2008 à propos de ces nouveaux ouvrages : « Les zététiciens n’y apprendront pas grand[-]chose car Henri Broch ne fait que résumer le contenu développé dans ses précédents ouvrages, en particulier Au cœur de l’extraordinaire (Book-e-book, 2003) [dont la première édition est de 1991] et Le paranormal : ses documents, ses hommes, ses méthodes (Seuil, 1989) [dont la première édition est de 1985], mais ces livres, plus courts, sembleront peut-être plus accessibles à ceux qui découvrent la zététique. Cependant, on ne peut que regretter que le ton soit toujours aussi raide et un tantinet cynique. »
Enfin, la maison Lafont presse publie dans son n°35 de Science revue (Août-septembre-octobre 2008) un large dossier sur la parapsychologie (p.4-33), sans auteur attitré. La couverture placarde également : « Phénomènes irrationnels : les explications du monde scientifique ».
Il s’agit de vulgarisation des données de la parapsychologie, avec du bon et du moins bon. Parmi le bon, les protocoles expérimentaux sont relativement bien décrits, l’historique est assez bien rendu avec une bonne place laissée à l’IMI et à ses chercheurs. Parmi le moins bon, il y a le renvoi vers des livres de vulgarisation de qualité moyenne, notamment celui du psychologue Jean-Paul Thénot. Ce livre - Les sorciers face à la science (Ed. du Rocher, 2004) - a été retiré de la vente pour cause de plagiats, et il semble pourtant constituer la source essentielle de ce dossier. Dans le moins bon, on compte aussi les trop grandes largesses quant aux thèmes abordés ; des questions traitées de façon trop superficielles (la « télépathie en URSS » sans mention des travaux de Vassiliev, la « prémonition du Titanic » sans la rigueur de l’analyse de Méheust (2006), etc.). Les sujets s’enchaînent à un rythme étouffant, avec peu de recul critique. A cette vitesse, de nombreuses erreurs parviennent à s’insinuer dans les noms (Hasted devient Barrett ; Jocelyn Morisson [1] aurait écrit la lettre à Charpak de Méheust ; Tocquet devient Toquet), et quelques incohérences (ainsi, l’auteur du dossier confond les expériences avec le médium à ectoplasmes Guzik faites à l’IMI et celles faites à la Sorbonne. Il annonce que 35 personnes surveillaient Guzik dans une petite salle d’expérimentation "expertisée puis scellée"... alors qu’il s’agit en fait d’une référence lointaine au Manifeste des 34, signé par 35 personnalités qui ont assisté au moins à une reprise à une série d’expériences effectuées à l’IMI et affirmaient la véracité des phénomènes).
Le plus étonnant reste encore à venir : plusieurs indices semblent montrer que cet article a été écrit en 2004 et non en 2008. Pas de mention de la fermeture du PEAR, des morts de Morris et Larcher, de la dissolution de l’association ONDES, propositions de liens hypertextes morts depuis des années. Ou encore, p.20, il est fait mention de l’ouvrage de Sheldrake, Le septième sens (Ed du Rocher, 2004) en disant « qu’il vient de sortir ». La rédaction de Science revue aurait gagné à être plus sérieuse en actualisant son texte, ou bien en mettant à profit ces quatre dernières années pour en peaufiner la justesse.
En conclusion, il y a du bon et du moins bon dans le traitement de la parapsychologie par la presse estivale. Une perspective globale donne tout de même l’impression que trop d’imprécisions persistent qui produisent une vision biaisée du sujet. L’IMI réaffirme sa disponibilité auprès du public et des médias pour répondre à toute question touchant au paranormal, avec l’abord qui est le sien, rigoureux et ouvert, libre de tout parti pris religieux ou philosophique. Contacter l’IMI.
[1] Ce journaliste n’a évidement nullement été consulté pour qu’une telle méprise ait lieu.

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