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Les évolutions de la parapsychologie expérimentale

Les évolutions de la parapsychologie expérimentale

Par Mario Varvoglis

Cet article propose un rapide survol de l’évolution historique de la démarche des principaux chercheurs ayant développé l’approche expérimentale en parapsychologie.

Déjà au début du 20ème siècle, la plupart des scientifiques et érudits développent une explication psychologique des phénomènes médiumniques, et leur méthode d’observation s’oriente de plus en plus vers des tests expérimentaux.

Richet, par exemple, fut le premier à développer une méthode statistique permettant d’évaluer les résultats de séries de tests de clairvoyance ou de télépathie.

L’étude des médiums et de leurs transes posait cependant certains problèmes : certains scientifiques refusaient d’avoir un lien quelconque avec le spiritisme, toujours très en vogue. Or la plupart des médiums utilisaient des rituels et des mises en condition dérivées des pratiques spirites. Ceci obligeait parfois les chercheurs à conduire leurs études chez la médium, dans des conditions plus ou moins informelles, alors que la recherche scientifique en général commençait à être synonyme de laboratoire, c’est-à-dire d’un environnement dédié, d’un équipement approprié, et de méthodes quantitatives strictes.

Au début des années trente, le biologiste J.B. Rhine et sa femme Louisa introduisent une approche radicalement nouvelle dans l’étude du psi. Le scandale occasionné par la médium Margery, prise en flagrant délit de fraude, renforce la conviction de Rhine que la recherche parapsychologique doit prendre radicalement ses distances de la scène médiumnique et spirite : si la recherche psi doit progresser, et être universellement reconnue, elle doit devenir une science expérimentale, basée sur des évaluations quantitatives.

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Sous l’égide de William McDougall, doyen du département de psychologie à l’Université Duke, Rhine et sa femme établissent le premier laboratoire de "parapsychologie" et définissent les deux grands domaines de cette nouvelle science, l’ ESP et la PK.

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Ils envisagent le psi comme une capacité mentale naturelle, bien que généralement non développée : on pourrait donc l’observer chez la plupart des gens à condition d’utiliser des méthodes expérimentales assez fines. Rhine élabora alors des procédures de test et mit au point une méthode quantitative appropriée : pour mettre en évidence de faibles effets psi, il fallait se baser sur un grand nombre d’essais et en faire l’analyse statistique.

Utilisant les cartes d’ ESP qui avaient été développées pour lui par le psychologue Karl Zener, Rhine commença à tester trois talents  : la télépathie, la clairvoyance et finalement la précognition. Il était assisté par une équipe enthousiaste d’étudiants d’université, qui incluait J.G.Pratt et Charles Stuart. Il eut aussi la chance de rencontrer un certain nombre de sujets très doués. En ce temps là, cela paraissait normal, étant donné la croyance de Rhine en l’universalité de l’ ESP. Ce n’est qu’après des années d’expérimentation que l’on en vint à réaliser que de tels sujets ne courent pas les rues.

Les recherches de Rhine sur l’ ESP, présentées dès 1934 par une série de monographies et de livres, créèrent un intérêt immédiat dans le grand public et attirèrent aussi l’attention des psychologues rationalistes. Des débats tumultueux et interminables s’ensuivirent lorsque les critiques attaquèrent chaque aspect possible de ces recherches, de la méthodologie aux statistiques. Les chercheurs durent répondre en démontrant la validité de leurs méthodes, ou en élaborant de nouveaux protocoles d’expérimentations qui prenaient en compte les critiques qui leur avaient été adressées. Les méthodes de contrôle évoluèrent de ce fait, et cependant les résultats positifs ne subissaient aucune diminution, que ce soit dans le laboratoire de Rhine ou dans d’autres centres.

Bien que de nombreux scientifiques aient été encore sceptiques quant à la réalité des phénomènes, déjà vers la fin des années quarante la plupart considéraient comme légitime de mener des recherches scientifiques en ce domaine.

Rhine garda une influence énorme sur ce champ, jusqu’à sa mort en 1980, et la plupart des recherches indépendantes suivirent les objectifs et les méthodes qu’il avait développées. Dans les décennies qui suivirent, les laboratoires de recherche universitaires ou privés se multiplièrent aux USA et en Europe. L’introduction, par Helmut Schmidt, des RNG ou générateurs de hasard électroniques, vers la fin des années soixante, démarra la recherche informatisée moderne, en permettant d’imaginer des protocoles de plus en plus ’transparents’, parce qu’ils sont gérés automatiquement par l’ordinateur couplé au RNG, et que le test peut alors être présenté au sujet comme un jeu.

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Bien que venant de diverses disciplines scientifiques (psychologie, biologie, physique, ingénierie, etc.) les chercheurs ont réussi à faire de la parapsychologie un domaine scientifique à part entière, ayant sa propre spécificité.

La "Parapsychological Association" ou PA, organisme officiel qui représente ce champ, a fait beaucoup pour l’homogénéiser et le professionnaliser, notamment en exigeant un haut niveau de qualifications chez les chercheurs (la grande majorité de ses deux cent cinquante membres ont des doctorats), en érigeant des règles strictes de rigueur expérimentale, ainsi qu’en développant une déontologie propre à ce domaine de recherche. Grâce à ses activités, depuis 1969, la parapsychologie a été reconnue officiellement comme un champ de recherche légitime, et ceci en devenant membre de l’American Association for the Advancement of Science, ou AAAS, organisme qui coiffe toutes les disciplines de l’establishment scientifique aux Etats-Unis.

Pendant une vingtaine d’années, la plupart des expérimentations restèrent axées sur des mesures strictement quantitatives, afin d’établir fermement la réalité des phénomènes psi. Il apparût cependant tout de suite que les performances des sujets n’étaient pas stables, et l’on voyait par exemple un déclin systématique au cours des essais ou d’une série d’essais.

Vers les années soixante, les chercheurs se dégagèrent de la pure quête de preuves, et leur intérêt se tourna vers la compréhension des processus : on passa à la "recherche orientée vers les processus". Déjà le professeur Gertrude Schmeidler avait mit clairement en lumière les composantes psychologiques de "l’effet mouton-chèvre" : que les sujets croient ou non au psi influençaient leurs résultats aux tests.

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Il y avait donc des patterns particuliers dans les scores des sujets, qui paraissaient liés à leur état psychologique, à leur motivation ou au contraire à leur manque d’intérêt.

Encouragés par les résultats de Schmeidler, les chercheurs commençèrent à explorer des facteurs psychologiques (tels que traits de personnalité, état d’esprit, etc.) afin de découvrir s’ils influençaient de façon systématique les résultats.

Ainsi, une des directions principales de la recherche, qui domine encore le champ actuellement, est d’essayer de comprendre les dynamiques et les processus qui peuvent favoriser ou au contraire inhiber le psi. Ceci permet aux chercheurs non seulement de mieux comprendre comment fonctionne le psi et de prédire ses fluctuations, mais aussi de pouvoir élaborer des protocoles de tests qui tiennent compte de ces facteurs et ont donc plus de chances de produire des résultats positifs.

Pour l’instant, une reproductibilité parfaite des résultats est hors d’atteinte : il n’y a aucune recette qui puisse garantir l’obtention de psi. Cependant, la découverte récente de la métanalyse - qui permet d’évaluer statistiquement les résultats de nombreuses expérimentations similaires - a permis d’identifier certains facteurs déterminant le succès dans un test psi. De nombreuses métanalyses ont déjà été calculées, et elles montrent un haut degré de cohérence : les patterns psychologiques qui font la différence entre le succès et l’échec, entre le psi positif et le psi négatif, commencent à nous apparaître précisément. Dans les années à venir, il est probable que la recherche se focalisera de plus en plus explicitement sur les directions révélées par ces analyses, en essayant de stimuler l’émergence du psi par une sélection attentive des conditions les plus favorables.

Certaines lignes de la recherche contemporaine divergent vraiment de l’approche définie par Rhine, et semblent au contraire apparemment revenir aux thèmes qui passionnaient les acteurs de la recherche psychique. Il y a par exemple une reconnaissance croissante de la nécessité d’une recherche "écologiquement fondée" impliquant des thèmes plus proches du psi vécu dans des situations naturelles.

C’est d’ailleurs le travail entrepris par Montague Ullman et Stanley Krippner au Dream Lab de Maimonides qui a permis de se distancier de l’approche quantitative et d’ouvrir la voie de la recherche qualitative, dans laquelle l’accent est mis sur les conditions psychologiques optimales des sujets, et entre autres sur les états modifiés.

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De même, il y a un intérêt grandissant pour la guérison psychique, et, plus généralement, pour l’influence de l’esprit sur des organismes vivants. On reconnaît de plus en plus que nous pouvons avoir des capacités étonnantes nous permettant de nous guérir nous-mêmes, et les autres, qui vont bien au-delà des facteurs psychologiques reconnus par la médecine orthodoxe.

Le progrès scientifique, surtout dans un domaine aussi complexe que le psi, est difficile à évaluer, et il est malaisé de prédire où nous en serons dans un siècle, ou même d’ici une vingtaine d’années. Mais deux choses paraissent certaines : la première, que la réalité des phénomènes d’ ESP sera totalement intégrée dans la science officielle et les cursus universitaires, ce qui conduira à un foisonnement de recherches nouvelles. Et la seconde, que nous allons commencer à voir l’émergence d’outils de développement psi, validés scientifiquement, qui seront orientés vers le public. L’utilisation générale de ces outils, particulièrement par des enfants à l’âge pré-scolaire, pourrait ouvrir la voie vers une façon radicalement nouvelle, plus sensible et responsable, de se relier aux autres et à notre environnement.

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Article extrait du cd-rom de Mario Varvoglis : psi explorer


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