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L’impression d’être observé

L'impression d'être observé
Est-elle réelle ou Illusoire ? Par Rupert Sheldrake, Journal of Consciousness Studies (2005) Vol 12 No. 6


Le biologiste Rupert Sheldrake a développé plusieurs expériences afin d’étudier scientifiquement des situations de la vie quotidienne pouvant impliquer des perceptions psi. C’est dans cette perspective qu’il a étudié un phénomène rapporté par de nombreuses personnes, à savoir l’impression de sentir lorsque l’on est regardé. S’agit-il d’une impression subjective et illusoire ou d’un effet réel ? Sheldrake a mis en place depuis plusieurs années des recherches visant à répondre à cette question. Elles ont donné lieu à des résultats probants qui ont engendré de vives polémiques. Dans son numéro du mois de juin dernier, le Journal of Consciousness Studies s’est fait l’écho de ces recherches et de leurs critiques. Nous vous proposons la traduction de la première partie de l’un des articles, publié par Sheldrake dans ce numéro, et qui offre un panorama des recherches récentes effectuées sur l’impression d’être regardé.

I- L’impression d’être observé chez l’homme et les autres animaux

La plupart des gens ont vécu l’expérience de se retourner en ayant l’impression d’être observé et de constater que cela était bien le cas. La plupart des gens ont également vécu l’expérience contraire. Ils arrivent parfois à pousser les gens à se retourner simplement en les fixant. Dans les sondages en Amérique du Nord et en Europe, entre 70% et 97% des personnes interrogées disent avoir vécu des expériences personnelles de ce genre (Braud et co.,1990 ; Sheldrake, 1994 ; Cottrell et co,1996). Dans la littérature il a souvent été fait allusion à cette impression d’être observé, comme dans les essais ou romans de Tolstoi, Dostoïevsky, Anatole France, Victor Hugo, Aldous Huxley, D.H Lawrence, John Cowper Powys, Thomas Mann, J.B Priestley et bien d‘autres écrivains (Poortman 1959). Voici un exemple de Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes :

« L’homme m’intéresse en tant qu’étude psychologique. Un matin au petit déjeuner, j’ai soudain ressenti ce vague sentiment de malaise qui envahit les gens lorsqu’ils sont observés de près et, levant rapidement les yeux, je rencontrai soudain son regard posé sur moi avec une intensité quasi féroce, bien que son expression s’adoucit instantanément lorsqu’il fit quelque remarque banale sur la météo » (Conan Doyle, 1884).

Dans les sondages que j’ai faits en Grande Bretagne, Suède, et aux Etats- Unis sur les détails de ces expériences, plus de femmes (81%) que d’hommes (74%) répondirent avoir déjà ressenti l’impression d’être observés. Cette expérience eut lieu le plus souvent dans des endroits publics tels que des rues et des bars, et avec des inconnus. Aussi, une part bien plus importante de femmes (88%) que d’hommes (71%) ont répondu être capables de pousser les autres à se retourner en les regardant avec insistance (Sheldrake, 2003a). Quelles émotions ressentaient les gens quand ils se retournaient ? Pour les hommes aussi bien que pour les femmes la curiosité était la raison la plus fréquente pour observer les autres. Moins souvent, la motivation était l’attirance sexuelle ou la colère. Certaines personnes trouvaient que regarder quelqu’un avec détresse, affection ou bienveillance pouvait le pousser à se retourner. En bref, cette impression semble s’associer à une large gamme de motivations et émotions.

La plupart des gens prennent ces expériences pour acquis et y accordent peu d’importance. Mais pour certaines personnes, c’est leur métier d’observer les autres. L’impression d’être observé est très connue des officiers de police, du personnel de surveillance, et des soldats, comme je l’ai constaté à travers une exhaustive série d’interviews. La plupart étaient convaincus de la réalité de cette impression et ont raconté comment les personnes qu’ils observaient semblaient s’en apercevoir malgré tous leurs efforts pour se cacher. Quand on enseigne aux inspecteurs de police et aux détectives comment faire une filature, on leur précise bien de ne pas fixer le dos plus que nécessaire parce qu’autrement la personne risque de se retourner, croiser leur regard, et faire sauter ainsi leur couverture.

Selon des détectives expérimentés, cette impression semble également fonctionner à distance quand les observateurs regardent à travers des jumelles. Plusieurs photographes-People et snipers de l’armée m’ont dit être convaincus que certaines personnes s’apercevaient qu’ils étaient observés même à travers des téléobjectifs ou longues vues . Dans certains des arts martiaux orientaux les étudiants sont entraînés à accroître leur sensibilité à être observés de derrière. Beaucoup d’espèces animales semblent également capables de détecter les regards. Certains propriétaires d’animaux domestiques maintiennent pouvoir réveiller leurs chiens ou chats endormis en les fixant .Certains chasseurs et photographes-nature sont convaincus que les animaux peuvent ressentir leur regard même quand ils sont cachés et en train de les regarder à travers des téléobjectifs ou des viseurs (Sheldrake, 2003a). Au contraire, certains photographes et chasseurs disent avoir ressenti lorsqu’ils étaient observés par des animaux sauvages (Corbett, 1986 ; Sheldrake, 2003a). Le naturaliste du début du 20ème siècle ,William Long, a décrit ci-dessous comment, jeune garçon, il s’asseyait dans les bois :

« J’ai souvent ressenti à l’intérieur de moi une impression que j’exprime ainsi « quelqu’un est en train de vous observer.. ».A plusieurs reprises, alors que rien ne bougeait autour de moi , je ressentais ce curieux pressentiment, et, presque à chaque fois ,en me retournant ,je trouvai quelque oiseau, renard ,ou écureuil, qui, captant probablement un vague mouvement de ma tête, s’était arrêté dans ses pérégrinations pour s’approcher et m’observer de manière inquisitive. » (Long,1919)

Dans un sondage dans l’Ohio, Gérald Winer et ses collègues de l’Université d’Etat trouvèrent que beaucoup de gens disent avoir ressenti le regard d’animaux. Dans ce sondage, 34% des adultes et 41% des enfants dirent avoir ressenti quand les animaux les regardaient. A peu près la moitié des personnes interrogées croyait que les animaux pouvaient ressentir leurs regards, même quand ils ne voyaient pas leurs yeux (Cottrell, Winer et Smith, 1996). Si l’impression d’être observé existe réellement, alors elle a dû être sujette à l’évolution par sélection naturelle. Comment a-t-elle pu évoluer ? La possibilité la plus évidente est qu’elle ait évolué dans le contexte de la relation prédateur-proie. Les animaux de proie qui pouvaient détecter quand un prédateur les observait auraient probablement eu une meilleure chance de survie que ceux qui en étaient incapables.(Sheldrake, 1999) Malgré l’étendu de cette impression, il y a eu très peu de recherches sur le sujet jusqu’à la fin des années ‘80, même par des parapsychologues. Je n’ai pu trouver que cinq rapports de recherches expérimentales entre 1885 et 1985, dont deux thèses d’étudiants non-publiées. Les trois plus récentes donnèrent des résultats positifs et statistiquement significatifs. Depuis la fin des années ‘80, les recherches, que j’analyse plus bas, ont augmenté considérablement. La plupart des expériences ont donné des résultats positifs et statistiquement significatifs soutenant la réalité de l’ impression d’être observé. La raison principale qui explique la négligence persistante de ce phénomène n’a rien a voir avec les preuves ou les expériences . Elle découle de la croyance que l’impression d’être observé est impossible.

II- Raisons théoriques du scepticisme

Il existe deux raisons principales pour le rejet habituel de « l ‘impression d’être observé ».D’abord elle est classée comme « paranormale ». Elle est pourtant tout à fait « normale » dans le sens que la plupart des gens en ont déjà fait eux-mêmes l’expérience. Mais elle va à l’encontre du tabou généralisé concernant tout phénomène psi. Pendant des générations, les personnes instruites l’ont écartée comme une simple superstition. Ensuite, elle va à l’encontre de la théorie scientifique officielle sur la vue, publiée pour la première fois en 1604 par Johannes Kepler (1571-1630), mieux connu pour ses découvertes dans le domaine de l’astronomie. La théorie de Kepler était une théorie « d’intromission » selon laquelle la lumière entrait dans les yeux, mais rien n’en ressortait. La vue n’était pas dans le monde extérieur ou elle semblait être, mais à l’intérieur de la tête. La théorie de l’image rétinienne de Kepler semblait clore un débat sur la nature de la vue qui continuait depuis 2000 ans et était un des premiers grands triomphes de la science moderne. Mais sa théorie soulevait un problème qu’il admit ne pas pouvoir résoudre et qui demeure irrésolu aujourd’hui. La théorie expliquait comment des images se forment sur la rétine mais n’expliquait pas comment nous voyons réellement. Nous ne voyons pas sur nos rétines deux minuscules images inversées du monde extérieur. Nous voyons le monde autour de nous, à l’endroit, et en un seul exemplaire, pas en double ! La seule manière qui permettait à Kepler d’intégrer ce problème était de l’exclure de l’optique (Lindberg, 1981). Dès lors que l’image des objets se forme sur la rétine, le problème d’expliquer comment nous arrivons à voir revient à quelqu’un d’autre. Le mystère fut relégué à l’intérieur du cerveau d’où, depuis lors, il hante les scientifiques. Ironiquement, la théorie d’intromission laissa la vue même inexpliquée.

III- Les recherches scientifiques jusqu’en 1985

Selon la théorie de Kepler, l’impression d’être observé ne devrait pas exister. Ainsi elle a généralement été ignorée des scientifiques ou écartée comme une simple superstition. La première étude scientifique sur l’impression d’être observé fut publiée en 1898 par E.B Tichener, un des pères fondateurs de la psychologie expérimentale aux Etats Unis. Il découvrit que beaucoup de ses élèves à l’Université de Cornell étaient fermement convaincus de pouvoir ressentir lorsqu’on les observait de derrière et de pouvoir pousser les autres à se retourner en fixant l’arrière de leur cou. Il était certain qu’il ne pouvait s’agir d’une influence mystérieuse et proposa une explication rationnelle : les gens ont tendance à se retourner de toute façon. Si, par hasard, ils découvrent alors que quelqu’un les observe, alors ils s’en souviennent, sinon ils oublient. Aussi, en se retournant, leur mouvement peut attirer l’attention de quelqu’un derrière eux, alors leurs regards pourraient se croiser. Tichener rapporta avoir effectué des expériences sur la capacité des étudiants à détecter les regards et maintint qu’elles donnèrent invariablement « un résultat négatif ; en d’autres mots, l’interprétation offerte fut confirmée ». Il ne publia ni les détails de ses expériences, ni ses données. Mais il ressentit le besoin de justifier la nécessité d’avoir effectué les tests en premier lieu :

Si le lecteur scientifique proteste que ce résultat était prévisible et que les expériences furent par conséquence une perte de temps, je ne peux que rétorquer qu’elles me semblent justifiées par le démenti d’une superstition aux racines profondes et bien ancrées dans la conscience populaire. Aucun psychologue à l’esprit scientifique ne croit en la télépathie. En même temps, le fait de le démentir dans un cas particulier peut diriger un étudiant sur le droit chemin purement scientifique. Le temps consacré peut ainsi être repayé à la science au centuple .

Le rapport de Tichener eut une grande influence et est encore aujourd’hui cité par les sceptiques (Marks,2003). Un autre psychologue américain du début du 20ème siècle, J.E Coover, était également sceptique mais fut le premier à publier méthodes et données (Coover,1913).Ses expériences furent effectuées avec ses étudiants de l’Université de Stanford. Les étudiants travaillaient par deux : l’un étant le sujet, et l’autre l’observateur. Le sujet s’asseyait en tournant le dos à l’observateur, qui, dans une série d’essais aléatoires, soit regardait, soit ne regardait pas. Dans chaque essai, le sujet devinait si il était observé ou pas. Coover soutint que ses résultats démontraient qu’il n’existait aucune capacité significative à détecter les regards, et conclut que la croyance populaire en « l’impression d’être observé » était sans fondement. En renforçant les conclusions négatives de Tichener, les travaux de Coover semblaient mettre un terme à l’histoire d’un point de vue scientifique, et apparemment il n’y eut plus d’enquête dans le monde anglophone pendant des décennies . Le rapport suivant dans la littérature scientifique date de 1939 de J.J.Poortman,en hollandais. Il publia un résumé de son rapport en anglais vingt ans plus tard. Poortman s’intéressa au sujet suite à ses propres expériences de se sentir observé et sa découverte que beaucoup d’autres personnes semblaient également avoir vécu la même expérience. En utilisant une version modifiée de la méthode Coover, il effectua une série d’essais avec lui même comme sujet et une amie comme observatrice. Elle était conseillère municipale à La Haye et avait l’habitude d’attirer l’attention d’autres membres du conseil par la force de son regard. Poortman avait bien plus souvent raison que tort en devinant quand elle l’observait (Poortman, 1959, analyse statistique dans Sheldrake, 1994, ch.4) . Après l’expérience de Poortman, il n’y eut apparemment aucune recherche supplémentaire sur le sujet jusqu’en 1978, quand Donald Petersen effectua une expérience comme projet d’étude à l’Université d’Edimbourg. L’observateur s’asseyait dans une cabine fermée, séparé par un miroir sans tain du sujet, pour qui il demeurait invisible. Les résultats furent positifs et statiquement significatifs. Quelques années plus tard, Linda Williams, une étudiante de l’Université d’Adélaide en Australie trouva un résultat statistiquement significatif quand une personne dans une autre pièce observait le sujet à travers un système de télévision à circuit fermé.

IV- Expériences récentes avec l’observation directe

Depuis la fin des années ‘80, les recherches sur l’impression d’être observé se sont multipliées suivant deux approches parallèles. Le premier genre d’expérience concerne l’observation directe en utilisant diverses versions de la méthode Coover. Les gens travaillent par deux avec un sujet et un observateur. Dans une série aléatoire d’essais les sujets s’assoient en tournant le dos aux observateurs qui soit fixent l’arrière de leurs cous soit détournent leur regard en pensant à autre chose. Un signal mécanique annonce le début de chaque essai. Les sujets devinent rapidement, en moins de dix secondes, si on les observe ou pas. Leurs réponses sont soit justes soit fausses et sont enregistrées immédiatement. Une session test consiste généralement en vingt essais et dure moins de dix minutes. Dans le deuxième genre d’expérience, l’observateur et le sujet se trouvent dans des pièces différentes reliées par un système de télévision en circuit fermé, comme nous allons le traiter dans la section suivante. Les tests d’observation directe sont bien plus faciles à diriger que les essais par caméra et écran interposés, et ont été effectués à ce jour avec plusieurs milliers de participants, aussi bien enfants qu’adultes. Beaucoup de tests ont été effectués dans des écoles. Ces recherches ont été rendues populaires à travers le magazine « New Scientist », la télévision BBC, et la chaîne Discovery (en France : Découverte) et les tests ont été publiés sur les sites internet de ces organisations aussi bien que sur le mien (www.sheldrake.org), permettant ainsi à de nombreuses personnes de participer à cette recherche. Au moins vingt projets d’étude dans des écoles et universités ont traité d’expériences d’observation, certains ont même remporté des prix dans des foires scientifiques. En tout, il y a eu des dizaines de milliers d’essais. (Sheldrake, 2003a) Les résultats sont remarquablement constants. Typiquement, environ 55% des réponses sont justes par opposition aux 50% imputables au hasard. Répété lors d’une dizaine de milliers d‘essais, ce résultat devient énormément significatif statistiquement (voir tableau 1) Une autre façon d’analyser les résultats, suggérée par Nicolas Humphrey, est d’utiliser un système de plus et de moins (+ et -) ce qui donne un poids égal à chaque sujet. Ceux qui trouvent plus de réponses justes reçoivent un signe + positif et ceux qui donnent plus de réponses fausses reçoivent un signe - négatif. Pour cette analyse, tous ceux qui eurent autant de réponses justes que fausses ont été ignorés. Le hasard voudrait que le nombre de personnes avec des signes négatifs soit équivalent à ceux avec des signes positifs. En réalité (voir tableau 1) 853 personnes avaient un signe plus + et 466 avaient un signe moins, un résultat très au-dessus de celui du simple hasard. (p=1x10-20) . Dans les expériences où les mêmes sujets furent testés de manière répétitive, et où on leur révéla les résultats au fur et à mesure après chaque essai, il y eut un saisissant effet d’apprentissage avec une amélioration significative des scores avec l’entraînement. (Colwell et co, 2000). Dans une école allemande, suite à des tests répétitifs, quelques enfants de 8 à 9 ans ont atteint des taux de réussite allant jusqu’à 90% de réponses justes.(Sheldrake,1998)

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Tableau 1.Résultats d’expériences d’observation directe,exprimés à la fois en pourcentages de réponses justes et en signes + ou -. Les sujets qui eurent plus souvent raison que tort (plus de réponses justes que fausses) reçurent un score de +,ceux qui eurent plus souvent tort que raison (plus de réponses fausses) reçurent un score de -. Le nombre total de sujets est donné dans la colonne N. Les valeurs p. font référence à la probabilité en utilisant le test de Chi-carré avec l’hypothèse de nullité/nulle que le nombre de signes + et - soient à égalité. La colonne de l’année donne les dates de mes rapports dans lesquels les résultats furent publiés, par exemple « 2000 » fait référence à « Sheldrake 2000 ».

Cet effet d’observation semble être largement reproductibles. Les données du tableau 1 incluent les résultats de toutes mes 21 expériences dont 20 donnèrent des résultats positifs. Elles incluent également les résultats de 37 enquêtes indépendantes dans des écoles et universités. Toutes ces enquêtes donnèrent des résultats positifs sauf une. J’ai été prévenu de la totalité de ces enquêtes en avance et ai inclus toutes les données les concernant. Des douzaines d’autres chercheurs ont également participé à cette recherche et m’ont transmis leurs résultats. De nouveau la majorité a donné un résultat positif. Mais, parce que je n’ai pas été prévenu à l’avance que ces tests allaient avoir lieu, je ne sais pas si leur rapport a été biaisé. En effet, les personnes ayant obtenus des résultats positifs auraient pu m’avoir transmis leurs données alors que certains parmi ceux ayant eu des résultats négatifs auraient pu omettre de me les transmettre. J’ai donc exclu toute donnée non sollicitée des résumés du tableau 1, à cause de ce biais possible. Si j’avais inclus des données non sollicitées, la signification globale du résultat positif aurait été nettement supérieure. Bien que la plupart des tests aient démontré qu’il fût possible de reproduire cette impression d’être observé, ce n’est pas toujours possible. Notamment, lors d’un projet d’étude du département de psychologie de l’Université d’Amsterdam, dans une expérience sur trois les résultats furent ceux du hasard, dans les deux autres il y eut plus de scores positifs que négatifs mais ce résultat n’était pas statistiquement significatif (Lobach et Bierman,2004). Cependant, les méthodes utilisées divergeaient sur plusieurs points de celles des autres études. Peut être plus important encore, dans d’autres études les sujets avaient les yeux bandés, alors que dans cette étude universitaire les sujets devaient regarder un écran d’ordinateur pendant toute la durée des tests et entrer leurs réponses dans l’ordinateur, ce qui aurait pu les distraire. Dans une expérience, on leur a également demandé d’évaluer leur réaction à des morceaux de musique pendant les tests, ce qui aurait pu les distraire encore davantage. Certaines études effectuées par des sceptiques ont donné des résultats positifs statistiquement significatifs, mais d’autres étaient du niveau du hasard, comme décrit ci dessous. Dans un projet d’étude en Irlande, Susan et Jennifer Brodigan ont comparé les résultats avec des jumeaux comme sujets et observateurs avec les résultats de simples frères et sœurs, puis de personnes sans lien de parenté. Dans ces essais, les sujets avaient les yeux bandés et ne furent pas informés des résultats au fur et à mesure. Les couples de jumeaux eurent des résultats nettement supérieurs à ceux des fratries ou à ceux des personnes sans lien de parenté (Sheldrake,2001a).

L’expérience NeMo :

La plus importante expérience jamais effectuée sur l’impression d’être observé débuta en 1995 au Centre Scientifique NeMo à Amsterdam. En 2002, plus de 18.700 couples de sujets/observateurs y avaient participé, avec des résultats positifs énormément significatifs d’un point de vue statistique. (p=10-376, Sheldrake, 2003). Le test du centre Nemo se présente sous la forme d’une question : « Avez-vous des yeux derrière la tête ? » L’expérience est informatisée. Le sujet s’assoit, dos à l’observateur, à environ 2 mètres devant lui. Pour chaque essai un signal sur l’écran d’ordinateur indique à l’observateur dans une séquence aléatoire (fourni par un logiciel générateur de nombres aléatoires) si il doit regarder ou pas. Le signal annonçant le début de chaque essai est donné par un son « trrrr.. » d’une durée de sept secondes dont la fin indique au sujet la fin de l’essai. Il doit alors annoncer/répondre/donner tout haut sa réponse sur le fait qu’il pense être observé ou non. L’observateur entre la réponse dans l’ordinateur. Selon le nombre de réponses justes ou fausses, l’ordinateur annonce après un maximum de 29 essais si oui ou non le sujet « a des yeux derrière la tête ».Ce test est populaire parmi les enfants et leurs familles. Le test NEMO fut développé par Diana Issidorides, une psychologue cognitive, et Jan Van Bolhuis, statisticien à l’Université Libre D’Amsterdam. Le programme statistique intégré est conçu de telle façon que si les gens répondent au hasard, 20% seraient classées comme « ayant des yeux derrière la tête ». Par opposition à ces 20% dûs au hasard, les données de 18793 sujets démontrent qu’entre 32 et 41% d’entres eux, selon leur âge et genre, « avaient des yeux derrière la tête ». Les sujets remportant le plus grand succès furent les garçons de moins de 9 ans (Sheldrake, 2003a). Ces tests furent effectués sans surveillance, et il n’y a aucune garantie que certaines personnes n’aient pas triché. A cause de cette éventualité, les résultats ne peuvent être qu’indicatifs de l’utilité de faire le test sous des conditions plus contrôlées.

Tests sur internet :

Un test d’observation est effectué sur mon site internet (www.sheldrake.org) depuis octobre 2002. Les participants travaillent par deux, comme d’habitude, et font vingt essais dans un ordre aléatoire fourni par un logiciel standard de randomisation. Quand les vingt essais sont terminés, l’ordinateur donne aux participants un résumé de leurs performances et tous les résultats sont enregistrés dans un tableur. En janvier 2005, 343 couples y avaient participé. Le taux de succès général fut de 61%. Par la méthode des signes (+ et -) 232 sujets ont atteint un score supérieur à celui du simple hasard et 70 un score inférieur. Ces résultats furent énormément significatifs statistiquement. Mais, encore une fois, le fait que ces tests furent effectués sans surveillance rend impossible de déterminer leur fiabilité. Néanmoins, cette méthode par internet permet à tous ceux qui le souhaitent de participer à cette recherche. Ceux qui soupçonnent les autres de tricher ou de se laisser influencer par de subtils indices sensoriels peuvent effectuer leurs propres tests aussi rigoureusement qu’ils le souhaitent ou imposer à leurs étudiants de les effectuer sous surveillance.

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Figure 1.Résultats combinées des expériences sur l’impression d’être observé effectuées en Grande Bretagne, Allemagne, Etats Unis (données de Sheldrake, 1999, tableau 5)

A (dessus) : pourcentage de réponses justes dans les essais où les personnes regardent, dans ceux où ils ne regardent pas, et au total.

B(dessous) : le nombre de sujets qui avaient plus de réponses justes que fausses comparé à ceux qui donnèrent plus de réponses fausses que justes dans les essais d’observation, de non-observation, et au total.

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Figure 2. La répartition des scores dans les essais d’observation et de non-observation dans des écoles du Connecticut (Sheldrake,1999)

La structure des résultats

Il n’y a aucun doute que la plupart de ces tests d’observation donnent des résultats positifs. Pourrait-il s’agir d’artéfacts ? Je traite la question plus bas, mais auparavant il est important d’étudier un modèle particulier de résultat qui revient à de nombreuses reprises . Typiquement, les taux de succès, en pourcentages, dans les essais d’observation sont supérieurs à ceux du hasard. Dans les essais où l’on ne regarde pas, ils sont au niveau du hasard. (Figure 1A). Cette structure apparaît encore plus clairement quand les données sont analysées en utilisant la méthode des signes (+ et -). Le succès des essais ou les gens observent n’était pas dû à une minorité de sujets particulièrement sensibles, mais représente une tendance générale pour les sujets d’obtenir de meilleurs scores lorsqu’ils sont observés plutôt que quand ils ne le sont pas. Une autre façon d’analyser les résultats mène à la même conclusion. Dans les essais où les gens ne regardent pas, davantage de personnes ont obtenu le score de 5 sur 10 que n’importe quel autre score, ce qui était le centre d’une courbe de distribution plus ou moins normale, comme prévu par le simple hasard (figure 2). Par contre, dans les essais où les gens observaient, la courbe de distribution toute entière était décalée sur la droite ,avec à son sommet un score de 6. Ce schéma est logique si les gens ressentent vraiment « l’impression d’être observé » de derrière. Cette impression surviendrait lorsqu’ils sont observés, donnant des résultats positifs dans les essais ou les gens regardent. Mais dans les essais de contrôle personne ne regarde. On demande aux personnes de ressentir l’absence d’un regard, une demande inhabituelle, sans aucune contre-partie dans la vie réelle. Dans ces conditions, les sujets répondent au hasard. Cette structure caractéristique pourrait signifier que les résultats des essais ne seraient pas le résultat de tricherie, d’indices subtils, d’apprentissage implicite, ou d’erreurs dans l’enregistrement des données. Ces possibles sources d’erreur auraient dû affecter les scores à la fois dans les essais où les gens regardaient et ceux où ils ne regardaient pas, et non pas uniquement dans les essais d’observation.

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Figure 3. Résultats des expériences d’observation de Coover (1913) montrant le nombre de sujets qui avaient plus souvent raison que tort comparé à ceux qui avaient plus souvent tort que raison.

Cependant, comme l’avait fait remarquer Schmidt (2001), une autre interprétation de ce schéma était possible. Si les sujets répondent « qu‘on les observe » plus fréquemment qu’ils ne répondent « qu’on ne les observe pas », alors le hasard voudrait qu’ils auraient plus souvent raison que tort dans les essais où on les regarde, et plus souvent tort que raison dans ceux où l’on ne les regarde pas. Pour prendre un cas extrême, un sujet répondant systématiquement qu’on l’observait aurait raison dans 100% des essais où on le regardait et 0% de ceux ou on ne le regardait pas. Le résultat global serait bien sur de 50%, celui du simple hasard. Dans un cas moins extrême, un biais de 5% en faveur de la réponse « on m’observe » pourrait donner une structure avec 55% de réponses justes dans les essais où le sujet était effectivement observé et avec 45% [de réponses justes] dans ceux où il ne l’était pas, donnant encore une fois un résultat global de 50%. Schmidt suggéra qu’il existait bien un biais interne de 5% en faveur de la réponse « on m’observe ». Ainsi, par le seul hasard, 55% des réponses seraient justes dans les essais ou quelqu’un observait et 45% dans ceux où l’on ne regardait pas. Maintenant, si les sujets obtenaient un score de 5% au dessus du niveau du hasard à la fois dans les essais où l’on observait et dans ceux ou l’on n’observait pas, le résultat global serait juste à 60% dans les essais où l’on regarde et à 50% dans ceux où l’on ne regardait pas, avec un succès global de 55%, comme nous l’avons effectivement observé. De cette façon, la structure caractéristique des résultats pourrait être imputable à un biais sous-jacent de 5% en faveur des réponses affirmant « qu’on les observait » additionné à un taux de succès de 5% supérieur à celui du hasard à la fois dans les essais où l’on observait et ceux où l’on n’observait pas. Mon interprétation aussi bien que celle de Schmidt adhèrent aux faits et ne peuvent être distinguées l’une de l’autre statistiquement (van Bolhuis, communication personnelle). Cependant, l’interprétation de Schmidt dépend de l’assomption que le biais dans les réponses et leur taux de succès sont les mêmes, avec pour résultat qu’ils s’annulent l’un et l’autre dans les essais où l’on n’observe pas. Schmidt suppose également que le biais dans les réponses est le même dans les essais où l’on observe et ceux où l’on n’observe pas. Mais cet point est discutable, parce que si l’impression d’être observé existe réellement, les sujets auront tendance à dire qu’ils sont observés lorsqu’ils le sont vraiment, et donc la marge d’erreur dans les réponses sera plus importante dans les essais où l’on regarde que dans ceux où l’on ne regarde pas.

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Figure 4. Résultats des expériences d’observation de Colwell et co. Conçus de la même façon que dans la figure 1.(données du tableau 1 de Colwell et co., 2000, Pour les essais dans lesquels les sujets furent informés des résultats au fur et à mesure, après chaque essai)

Mais quelque soit la manière dont on choisit de l’interpréter, cette structure de résultats est caractéristique des expériences d’observation-directe. Il apparaît même dans les résultats supposés négatifs de Coover (1913) lorsqu’ils sont analysés selon la méthode des signes (+ et -) (figure 3).Ce même modèle est apparu également dans l’expérience que Colwell et co.(2000) ont effectué à l’Université de Middlesex ou les sujets et les observateurs étaient séparés par un miroir sans tain (figure 4). La même expérience fut reproduite récemment par Radin (2004), et cette même structure émergea de nouveau.

Artefacts possibles :

Il est possible qu’un ou plusieurs artéfacts soient à la base de ces résultats positifs répétés. Il existe plusieurs possibilités :

1)Les sujets voyaient si on les observait ou non grâce à la vision périphérique ou par des regards furtifs :

Cette hypothèse a été vérifiée en bandant les yeux des sujets. Les bandeaux ne firent aucune différence significative (Sheldrake 2001a). De plus, les résultats positifs obtenus par Colwell et co (2000) en utilisant un miroir sans tain démentissent cette possibilité (figure 4).

2)De subtils indices sensoriels :

Lorsque les sujets et les observateurs se trouvaient dans la même pièce, les sujets auraient peut être pu entendre des bruits, capter des variations dans la radiation infra-rouge ou même détecter diverses odeurs pendant que l’observateur les fixait ou regardait ailleurs. Ces possibilités furent testées dans des expériences dans lesquelles les observateurs et les sujets étaient séparés par des fenêtres fermées et ne furent pas tenus au courant des résultats. Il y eut tout de même un résultat significativement positif (Sheldrake 2000). De plus, les résultats positifs dans les expériences où furent utilisés des miroirs sans tain et des télévisions en circuit fermé (décrites ci-dessous) semblent éliminer la possibilité d’indices sensoriels.

3)Tricherie :

Le fait de séparer les observateurs des sujets aurait du éliminer toute possibilité de tricherie. Lorsqu’ils étaient séparés par des fenêtres fermées (Sheldrake,2000), des miroirs sans tain (figure 4) ou par une télévision en circuit fermé, les résultats demeurèrent positifs.

4)Erreurs d’enregistrement manuel des résultats

Dans les essais dans lesquels les observateurs enregistraient les réponses des sujets manuellement, des erreurs auraient pu survenir dans la comptabilisation des scores. Si ces erreurs n’étaient pas dus au hasard et biaisaient dans un sens positif, alors les résultats positifs pourraient être un artéfact de la comptabilisation des scores. Dans ce cas, les résultats auraient dû rejoindre le niveau du hasard quand les sujets enregistraient leurs propres réponses. Pourtant, ce ne fut pas le cas, les résultats restèrent toujours positifs (Sheldrake 2000). Les scores furent également positifs quand les sujets indiquaient leurs réponses par le biais de machines, tenus manuellement, qui enregistraient automatiquement les résultats (Colwell et co , 2000 ; Radin, 2004). Les données exposées dans la figure 4 provenaient d’essais enregistrés automatiquement. A noter également qu’il n’y avait pas de comptabilisation manuelle des résultats dans les essais avec la télévision en circuit fermé, décrits ci dessous

5) Apprentissage implicite :

Dans les essais dans lesquels les sujets sont tenus au courant des résultats, ils pourraient apprendre à réagir à de subtils indices sensoriels ou même à des structures non intentionnelles présentes dans l’ordre aléatoire des essais. Dans ce cas, ces formes d’apprentissage ne devraient pas avoir lieu lorsqu’on ne leur donnait aucune information en retour. Mais, même ainsi, les sujets continuèrent à obtenir des scores très nettement supérieurs à ceux du hasard.( Sheldrake, 1999, tableaux 3 et 4 ; Sheldrake 2000 ; Sheldrake 2001, tableaux 2 et 3) Les données disponibles vont à l’encontre de ces hypothèses d’artéfacts.

Tests sous des conditions de vie réelle :

Les genres d’expériences discutés ci-dessus sont très artificiels. Dans les expériences effectuées sous des conditions plus naturelles les gens sont regardés par des observateurs cachés. Se retournent-ils plus souvent que quand ils ne sont pas observés ? Les observateurs sont cachés derrière un miroir sans tain ou une fenêtre assombrie donnant sur un espace public. A coté des observateurs une caméra vidéo filme cet espace public en permanence. Dans une série aléatoire d’essais d’une minute, les observateurs soit fixent les dos des personnes dans cet espace public, soit ne le font pas. Plus tard, la cassette vidéo est évaluée à l’aveugle par une personne étrangère à l’expérience. Cette personne comptabilise combien de personnes se retournent et regardent en direction de la caméra dans chaque séquence d’une minute. J’ai conduit une expérience de ce genre au centre de télévision de la BBC à Londres dans laquelle les sujets (qui avaient signé des décharges acceptant d’être filmés par des caméras cachées) attendaient d’entrer dans un studio en tant que public d’un jeu télévisé. Ils tournaient leurs dos aux observateurs cachés, dont je faisais partie. Il y avait en tout six observateurs, dont un membre du club de karaté de la BBC.Nous n’étions pas visibles des sujets parce que les fenêtres du bureau étaient faites de verre teinté et les lumières du bureau étaient éteintes. Pendant les périodes d’observation, nous voyions assez fréquemment les gens se retourner et regarder droit vers nous. La vidéo fut analysée indépendamment par un juge qui ignorait quelles séquences d’une minute étaient les périodes d’observation et lesquelles ne l’étaient pas. Les gens se retournaient bien plus souvent pendant les périodes d’observation que pendant les périodes de non-observation : 27 au lieu de 12 (Sheldrake 2003). La même méthode expérimentale peut être utilisée avec des sujets non humains et a déjà été le sujet d’un projet d’étude en Italie, effectué dans un parc ornithologique près de Rome. Cinq étudiants se dissimulèrent dans des buissons près d’un lac d’où ils pouvaient observer à travers des jumelles des oies se prélassant au bord de l’eau. Les oies furent filmées en continu. Pendant les périodes d’observation de trois minutes, chaque étudiant observa une oie différente, et dans les périodes de non-observation de trois minutes ils ne regardèrent pas. Une analyse de la vidéo révéla que pendant les périodes d’observation, à dix reprises les oies se sont réveillées et ont regardé en direction des observateurs cachés, alors que dans les périodes de non observation ou personne ne regardait cela ne se produisit que trois fois (Sheldrake 1996). Jusqu’à présent très peu de recherches ont été effectuées sous des conditions de vie réelle, mais ces expériences préliminaires démontrent que cette méthode expérimentale est possible à la fois avec les hommes et avec les animaux.

V- Expériences en utilisant une télévision en circuit fermé

Des millions de caméras de télévision en circuit fermé sont utilisées quotidiennement pour surveiller des centres commerciaux, banques, bureaux, aéroports, rues et autres espaces publics. Mes assistants et moi même avons interviewé un échantillonnage représentatif d’agents de surveillance et de personnel de sécurité dont le travail consiste à observer les gens à travers des systèmes de télévision en circuit fermé. Nous les avons interrogé au sujet de leurs expériences quand ils observaient les gens sur les écrans TV. La plupart, mais pas tous, étaient convaincus que certaines personnes s’apercevaient quand elles étaient observées et donnèrent des exemples soutenant cette opinion (Sheldrake 2003). Cependant, pour être pris au sérieux, ces preuves anecdotiques en faveur de l’impression d’être observé à travers la télévision en circuit fermé auraient besoin d’être soutenues par des preuves provenant d’expériences contrôlées. De telles expériences ont déjà été effectuées. Débutant dans les années ’80, plusieurs parapsychologues ont effectué des tests avec télévisions en circuit fermé où les sujets et les observateurs se trouvaient dans des pièces séparées. Dans ces tests, on ne demanda pas aux sujets de deviner s’ils étaient ou non observés. Au lieu de cela on enregistra automatiquement leur réaction épidermique Galvanique, comme dans les tests de détecteurs de mensonge. Dans une série aléatoire d’essais, les observateurs soit regardaient l’image du sujet sur l’écran tv, soit détournaient le regard en pensant à autre chose. La plupart de ces expériences donnèrent des résultats positifs statistiquement significatifs. La résistance épidermique des sujets se modifia lorsqu’ils étaient observés, même s’ils en étaient inconscients (Braud et co, 990 ; 1993a,b ; Schlitz et LaBerge, 1994 ; 997 ; Schlitz et Braud, 1997 ; elanoy, 2001). Une récente méta-analyse de quinze études d’observation à travers une télévision en circuit fermé confirma l’existence d’un résultat global positif et statistiquement significatif .(Schmidt et co,2004)

VI - Enquêtes sceptiques

Il existe plusieurs organisations militantes qui se consacrent à démentir les « prétentions du paranormal » mais le plus actif, prestigieux et efficace est le CSICOP, le Comité pour la Recherche Scientifique des prétentions du paranormal. Les publications du CSICOP incluent les magazines le « Skeptical Inquirer »(l’enquêteur sceptique)aux Etats-Unis et « Le Sceptique » en Grande Bretagne. En réponse à l’intérêt croissant en « l’impression d’être observé », quatre chercheurs du CSICOP ont récemment enquêté sur le phénomène, notamment Robert Baker, Davis Marks, Susan Blackmore et Richard Wiseman. Christopher French, le rédacteur du « Sceptique » a également enquêté sur le sujet. Tous les cinq sont des psychologues académiques. Qu’ont ils découvert ?

Robert Baker :

Robert Baker, un professeur de psychologie de l’Université du Kentucky en retraite, ne cacha pas ses idées préconçues sur « l’impression d’être observé » : Les Sceptiques... pensent qu’il ne s’agit de rien de plus qu’une superstition et/ou une réaction à de subtils signaux présents dans l’environnement. (Baker,2000,p.40) .Plutôt que des expériences, il considéra ses recherches plus comme des « démonstrations » de la non-existence d’une capacité à détecter les regards. Dans sa première démonstration, Baker choisit des personnes plongées dans leur lecture à la Bibliothèque de l’Université du Kentucky, en train de boire ou manger, de regarder la télévision ou de travailler à leur écran d’ordinateur. Il se positionna discrètement derrière eux et les observa pendant une moyenne de 8,6 minutes. Ensuite, il se présenta et leur demanda de remplir une fiche-réponse. Trente-cinq personnes sur quarante donnèrent la réponse attendue : « au cours des cinq dernières minutes, je ne me suis absolument pas rendue compte qu’on m’observait ». Contrairement à la prédiction de Baker, deux personnes signalèrent s’être aperçus qu’ils étaient observés et que quelqu’un était en train de les fixer et trois signalèrent avoir ressenti que quelque chose n’allait pas. Baker remarqua que pendant qu’il observait les sujets qui ressentirent que quelque chose n’allait pas, tous les trois se levèrent, regardèrent autour d’eux, changèrent de position plusieurs fois et semblèrent momentanément distraits à plusieurs reprises. Baker rejeta ces résultats inattendus. Il argumenta que les trois personnes ayant dit que quelque chose n’allait pas n’étaient pas vraiment affectés par son regard mais qu’au contraire il supposait que c’était leur agitation même qui était la cause de leur sentiment de malaise. Mais cet argument est discutable. Baker écarta également les résultats des deux personnes qui disaient s’être aperçues qu’on les observait. Il les considéra comme suspectes parce que l’une d’entre elles prétendait avoir des capacités extra-sensorielles et que l’autre prétendait être espionnée en permanence (Baker,2000). Mais, si l’impression d’être observé existe réellement, les personnes prétendant avoir des dons extra-sensoriels pourraient être plus sensibles que les autres, et les personnes paranoïaques pourraient l’être également(Sheldrake, 1994). Baker effectua alors une deuxième démonstration dans laquelle il fixa lui-même des sujets à travers un miroir sans tain (Baker 2000). Les résultats ne furent pas significatifs. Mais son modèle expérimental était médiocre et les instructions données aux sujets étaient ambiguës, confuses et contradictoires (Sheldrake, 2001, b ; Baker, 2001).

David Marks :

David Marks, un des plus important sceptiques britanniques encouragea un collègue psychologue, John Colwell, à effectuer une expérience d’observation dans son laboratoire à l’Université de Midddlesex. L’observation eut lieu à travers un miroir sans tain et Colwell et ses collègues testèrent les mêmes sujets plusieurs fois. On informa les sujets des résultats après chaque essai et ils s’améliorèrent avec cet apprentissage (Colwell et co.,2000).Les résultats généraux étaient positifs, très significatifs statistiquement, et formaient une structure similaire à celui des autres tests (Figure 4). Dans un article du « Skeptical Inquirer », Marks et Colwell (2000) tentèrent d’expliquer ce résultat inattendu comme un artefact des procédures de randomisation. Dans leur expérience, Colwell et co (2000) utilisèrent une série de vingt quatre fiches d’instruction qui étaient à l’époque disponibles sur mon site internet. En réponse à une précédente recommandation des sceptiques(Wiseman et Smith, 1994) la randomisation fut contrebalancée sur ces fiches particulières. Marks et Colwell spéculèrent que plutôt que de démontrer que les gens ressentaient vraiment les regards, les scores positifs des participants découlaient de la détection et de la réaction à la structure présente dans cette série de séquences aléatoires. Mais ils n’offrirent aucune preuve que leurs participants avaient effectivement appris à détecter des structures cachées dans la randomisation. En examinant les résultats essai après essai, ils auraient pu s’apercevoir si il y avait réellement un excès de réponses justes suite à n’importe quelle structure qu’ils choisissaient de postuler. Quand j’ai offert d’examiner leurs données pour tester leur hypothèse, ils refusèrent. Même si les sujets avaient appris implicitement à détecter des structures cachées dans les séquences aléatoires, ils auraient dû ainsi améliorer leurs résultats à la fois dans les essais d’observation et ceux de non-observation. Mais cela ne se passa pas ainsi. Les scores s’améliorèrent uniquement dans les essais ou l’on regardait (Figure 4). Marks et Colwell ne mentionnèrent pas ce problème. Après leur résultat positif inattendu, Colwell et co. (2000) firent une seconde expérience en utilisant des randomisations « sans structures ».Cette fois les résultats ne furent pas significatifs. Ils prirent cela comme la confirmation de leur hypothèse d’apprentissage implicite. Mais dans cette seconde expérience il y avait deux différences majeures, bien que Marks et Colwell n’en firent pas mention : l’expérience était compromise. Il y avait à la fois une différente méthode de randomisation et aussi un différent observateur, un collègue de Colwell. Quand j’ai soulevé la possibilité « d’un effet d’expérimentateur »(Sheldrake, 2001b) ils le rejetèrent comme une tentative de distraction (Marks et Colwell, 2001).En fait, il est connu que des effets d’expérimentateur peuvent se produire dans les tests d’observation, comme nous en discuterons ensuite. Marks et Colwell (2001) intitulèrent leur article du Skeptical Inquirer, « L’effet d’observation psychique : un artefact de pseudo-randomisation ». Ils prétendaient que mes propres résultats et ceux d’autres chercheurs étaient des artefacts dus à l’apprentissage implicite de structures cachées dans cette série particulière de randomisations contre-balancées. Mais les faits contredisent cette hypothèse. D’abord, cette série de randomisations ne fut utilisée que dans certains de mes tests, et dans plusieurs milliers d’autres, d’autres méthodes de randomisation furent employées. Par exemple, dans plus de cinq mille essais, les randomisations furent obtenues en jetant en l’air des pièces de monnaie, donnant des scores positifs énormément significatifs. (Sheldrake, 1999). Leur prédiction fut également contredite par les résultats obtenus avec plus de dix-huit mille sujets dans l’expérience NeMo, où l’ordre aléatoire établi informatiquement était « sans aucune structure ». Deuxièmement, l’hypothèse de Marks et Colwell prédisait que les scores devraient être au niveau du hasard dans les essais ou l’on n’informait pas les sujets de leurs résultats et progression. Mais ces mêmes essais donnèrent des résultats positifs très significatifs (Sheldrake 2000). Marks a des idées fermes sur ces croyances et sur ce en quoi il ne croit pas. Il a quantifié son incrédulité absolue dans « l ’impression d’être observé » comme étant d’une probabilité d’un million contre un, contre (Marks,2000). Deux ans après notre échange dans le " Skeptical Inquirer/l‘Enquêteur sceptique", il a réitéré ses arguments originaux dans "The Sceptik/Le Sceptique" (Marks,2003),en omettant de mentionner les preuves qui allaient à l’encontre de son hypothèse d’apprentissage implicite (Sheldrake, 2003b).

Susan Blackmore :

Un étudiant de Susan Blackmore, Jonathan Jones, effectua en 1996 une expérience d’observation par télévision en circuit fermé dans le laboratoire de French. Sa thèse, non publiée, était intitulée « Détection automatique de l’observation à distance et les corrélations avec les personnalités-à-la-limite-de-la-schizophrénie ». Son hypothèse était que les personnes obtenant des scores élevés sur des questionnaires de personnalités-à-la-limite-de-la-schizophrénie seraient plus sensibles au fait d’être observés que ceux y ayant obtenus des scores plutôt bas. Selon le résumé de sa thèse, que lui même et Blackmore m’ont gentiment envoyé, voici ce qu’il trouva :

Selon notre hypothèse, et comme nous le supposions, les personnes ayant obtenus des scores importants sur le questionnaire de personnalités-à-la-limite-de-la-schizophrénie étaient considérablement plus sensibles aux essais d’observation par rapport aux essais de non-observation, alors que les personnes ayant obtenus des scores peu élevés ne l’étaient pas. Ceci démontre la détection de l’observation à distance par les personnes ayant obtenu des scores élevés aux questionnaires de personnalités-à-la-limite-de-la-schizophrénie.

Chris French :

Neal Rattee, un élève de Christopher French, effectua une expérience d’observation à travers une télévision en circuit fermé dans le laboratoire de French en 1996.Il découvrit qu’il y avait une différence entre les réponses des sujets dans les essais d’observation et dans les essais de non-observation. Cette différence était-elle statistiquement significative au niveau habituel de p=0,05 ? Non, selon un T-test de signification bilatérale combinée (avec p=0,096). Oui, si un test de signification unilatérale était utilisée (p=0,048). J’ai demandé à Rattee et French si je pouvais analyser leurs données en utilisant d’autres tests de statistique, mais malheureusement cela ne fut pas possible car ils avaient égaré les données.

Richard Wiseman :

Dans les premières expériences utilisant la méthode de télévision à circuit fermé dans le laboratoire de Richard Wiseman il y eut un résultat positif statistiquement significatif (Wiseman et Smith, 1994). Wiseman et Smith reprirent alors leurs données pour chercher un éventuel défaut pouvant expliquer ce résultat. Ils découvrirent que, dans leurs randomisations, davantage d’essais d’observation précédaient les essais de non-observation que le contraire. Ils argumentèrent que ceci aurait pu causer un résultat positif artificiel si la résistance épidermique galvanique (GSR) des sujets déclinait au cours de la session, au fur et à mesure qu’ils se détendaient. Ils n’examinèrent pas leurs données pour vérifier si cela était bien le cas. Ils prirent pour acquis que leur hypothèse était correcte. Je demandai à Wiseman si je pouvais analyser leurs données pour vérifier leur hypothèse. Tout d’abord il me répondit que les résultats étaient inaccessibles, puis il réussit finalement à récupérer les données de dix-sept des trente sujets et, gentiment, me les envoya. Je trouvai que dans dix cas le GSR (Galvanic Skin Response/Réaction Galvanique Epidermique) diminuait pendant la session test, alors que dans sept il augmentait. Les données disponibles ne soutenaient pas l’hypothèse de Wiseman et Smith. Dans les expériences initiales de Wiseman et Smith les étudiants firent office d’observateurs. Dans les expériences par télévision en circuit fermé ultérieures, Wiseman changea la procédure afin que les expérimentateurs eux-mêmes soient les observateurs. Les résultats furent alors du niveau du hasard (Wiseman et co.,1995). Pourrait-il y avoir un effet d’attente de l’expérimentateur quand les expérimentateurs eux mêmes servent d’observateurs ? Les effets d’attentes de l’expérimentateur sont largement reconnus dans la psychologie expérimentale, les expérimentateurs ayant tendance à obtenir les résultats qui confirment leurs attentes (Rosenthal, 1976).C’est pourquoi de nombreuses expériences psychologiques et essais cliniques sont conduits en aveugle ou en double aveugle. La possibilité d’un effet d’expérimentateur a été testé directement par Wiseman et Marylin Schlitz, qui effectuèrent conjointement une expérience d’observation à travers une télévision en circuit fermé dans laquelle la moitié des sujets furent testés avec Schlitz comme expérimentateur et observateur, et l’autre moitié avec Wiseman. Comme les fois précédentes (Schlitz et LaBerge, 1994 ;1997) Schlitz obtint de significatifs résultats positifs, alors que les résultats de Wiseman furent non-significatifs.(Wiseman et Schlitz, 1997) De tels effets d’expérimentateur ne sont pas symétriques. La détection des regards de Schlitz par les participants implique l’existence d’une sensibilité inexpliquée aux regards insistants. L’incapacité des sujets à détecter les regards de Wiseman pourrait impliquer seulement qu’il est un observateur inefficace .Plus tard, il admit trouver le fait d’observer « une expérience énormément ennuyeuse » et que dans la plupart des essais il avait une attitude « plutôt passive ». Curieusement, les recherches entreprises par tous les quatre chercheurs du CSICO, Robert Baker, David Marks, Susan Blackmore et Richard Wiseman ont donné tout d’abord des résultats positifs. Baker, Marks et Wiseman réagirent alors à leurs résultats positifs d’une manière similaire. D’abord, ils tentèrent d’écarter les résultats comme artefacts. Puis, dans les expériences suivantes, eux mêmes, ou leurs collègues, se chargèrent d’observer, obtenant ainsi les résultats peu significatifs qu’ils attendaient. Au contraire, dans la vaste majorité des tests effectués par d’autres chercheurs, les expérimentateurs tinrent uniquement le rôle de coordinateur, les participants servant à la fois d’observateurs et de sujets observés. Sous ces conditions les résultats furent énormément positifs.

(JPEG)

Figure 5. Diagrammes montrant les positions/emplacements des observateurs et des sujets dans des expériences utilisant des miroirs avec des rayons indiquant le reflet de la lumière.

A (dessus) : L’observateur observe le sujet à travers un miroir placé à sa gauche ou à sa droite. Le sujet devine de quel coté vient le regard.

B (dessous) : L’observateur regarde le dos du sujet à travers un miroir placé sur le seuil de la porte.

VII - Questions complémentaires

La plupart des preuves disponibles impliquent que l’impression d’être observé existe réellement. Etant donné que les preuves sont suffisamment importantes pour mériter des recherches ultérieures, cela soulève une série de nouvelles questions à lesquelles on ne peut répondre que de manière empirique. Certaines de ces questions sont les suivantes :

1) L’impression d’être observé fonctionne-t-elle à travers les miroirs ?

Il existe déjà beaucoup de preuves anecdotiques prouvant que les gens se rendent compte quand ils sont observés à travers des miroirs, par exemple dans les bars. Beaucoup de gens disent avoir remarqué que, s’ils observent quelqu’un à travers un miroir, cette personne est susceptible de se retourner et de les fixer à leur tour à travers le même miroir. Mes associés et moi-même avons effectué des expériences préliminaires sur les effets d’observer à travers des miroirs en utilisant une variante de la procédure habituelle. Normalement, l’observateur s’assoit derrière le sujet qui a les yeux bandés, mais, dans le test du miroir, le sujet s’assied dans une pièce adjacente avec la porte ouverte. L’observateur ne voit pas le dos du sujet directement, mais, le voit à travers un miroir placé sur le seuil de la porte (Figure 5B).Les résultats furent positifs et statistiquement significatifs (Sheldrake, 2003a).Cette expérience aurait besoin d’être reproduite à une plus grande échelle, et les résultats d’observation à travers des miroirs devraient être comparés avec ceux de l’observation directe. Le résultat est-il aussi important à travers des miroirs ou pas ? Personne ne le sait encore.

2) L’impression d’être observé est-elle directionnelle ?

La plupart des personnes qui ont ressenti qu’on les observait disent s’être retournées et avoir regardé droit en face la personne qui les fixait. Ceci implique qu’ils ont su détecter la direction d’où venait le regard, en plus du simple fait d’être observés (Sheldrake, 2003a). Les personnes qui e ont observé d’autres à partir de fenêtres à l’étage remarquent souvent que les gens, non seulement se retournent, mais regardent aussi en l’air, dans leur direction. Aussi, les personnes qui ont été observées à travers des miroirs disent d’habitude qu’elles se retournent et croisent le regard de la personne qui les fixait, impliquant qu’elles détectent la direction du regard reflété. Cet aspect directionnel peut être testé par des expériences. Dans un modèle simple, l’observateur s’assoit derrière le sujet qui a les yeux bandés. Un miroir est placé à droite de l’observateur et un autre est placé sur sa gauche de telle façon qu’il puisse voir un côté de la tête du sujet à travers un miroir et l’autre côté à travers l’autre miroir (Figure 5B). Dans une série aléatoire d’essais, il regarde le sujet soit à travers le miroir sur sa gauche, soit à travers celui sur sa droite. Le sujet devine alors depuis quel coté elle est observée, et, lève le bras correspondant pour indiquer sa réponse. Dans les tests préliminaires, j’ai découvert que les réponses étaient justes bien plus souvent que ne l’aurait voulu le simple hasard (Sheldrake, 2003a).

3) Les gens peuvent-ils savoir qui les observe ?

Dans la vraie vie, le fait de regarder intensément quelqu’un est souvent associé à des émotions telles que le désir sexuel et la colère. Pour des raisons éthiques aussi bien que pratiques, il serait difficile de tester expérimentalement la capacité des personnes à détecter les émotions associées au fait d’observer les autres. Mais il est possible de tester si oui ou non ils peuvent détecter quelque chose au sujet de la qualité du regard, en comparant différents observateurs. Dans les essais avec deux observateurs différents, l’un ou l’autre observe, dans une séquence aléatoire. Les sujets réussissent-ils à identifier qui les observe ? Pour éviter de désorienter les différents observateurs avec des regards venant de directions différentes, tous les deux devraient regarder à partir de la même direction, avec l’un assis derrière l’autre, mais à un niveau légèrement supérieur.

4) L’impression d’être observé fonctionne-t-elle à la télévision ?

Si les gens réussissent à sentir lorsqu’ils sont observés à travers un système de télévision en circuit fermé, que se passerait-il si on les regardait en direct à la télévision ? Au lieu d’un seul observateur, comme dans les tests avec les télévisions en circuit fermé, il pourrait y en avoir des millions. Un modèle possible pour un test de télévision en direct est le suivant. Quatre animateurs-télé expérimentés s’assoient dans un studio de télévision, mais dans des pièces séparées. Tous ont, braquées sur eux, des caméras marchant en continu. Ensuite, dans une série d’essais aléatoires, une de ces quatre personnes est présentée à des millions de téléspectateurs pendant un court moment, disons cinq secondes, et personne ne voit les autres. A la fin de chaque essai, tous les quatre sujets doivent dire si on les regardait ou pas, oui ou non. Dans une série d’essais, les réponses sont-elles du niveau du simple hasard ou y sont elles supérieures ? La résistance épidermique des sujets serait également surveillée électriquement, pour enregistrer toute réaction physiologique inconsciente.

5) Les gens peuvent-ils déterminer quand les regards commencent et se terminent ?

Une caractéristique générale des sens est qu’ils réagissent aux changements et aux différences. Est-ce également vrai du sentiment d’être observé ? Est-ce plus facile pour les gens de déterminer quand quelqu’un commence ou s’arrête de les regarder que de détecter soit un stimulus constant soit l’absence de tout stimulus ?

6) La sensibilité animale :

Il y a beaucoup à apprendre au sujet de l’impression d’être observé chez les animaux. Les animaux de proie tels que des souris peuvent ils se rendre compte quand des prédateurs tels que des chats les observent ?Quel rôle joue l’impression d’être observé dans les relations proies-prédateurs dans la vie réelle ? Ce sentiment fonctionne-t-il sous l’eau et les poissons sont ils sensibles aux regards ? Certaines espèces animales sont-elles plus sensibles que d’autres ? Les animaux endormis peuvent-ils être réveillés par des regards comme le prétendent certains propriétaires d’animaux domestiques ?

VIII - Conclusions

La plupart des gens disent avoir ressenti lorsqu’ils étaient observés, et la plupart disent également avoir poussé les autres à se retourner en les observant. L’impression d’être observé est pris pour acquis par la plupart des professionnels de surveillance, agents de sécurité, soldats, photographes-People, adeptes des arts martiaux, et chasseurs. La capacité de s’en rendre compte est tout à fait logique du point de vue de la biologie et de l’évolution. Elle est peut-être profondément ancrée dans notre nature animale et très étendue dans le royaume des animaux. La grande majorité des preuves soutient la réalité de ce sentiment. Mais il reste encore beaucoup à découvrir et d’autres recherches sont nécessaires. Heureusement, la plupart des méthodes expérimentales sont peu coûteuses et tout à fait adaptées aux projets d’études estudiantins. Si ce sentiment existe réellement, il a des implications théoriques majeures dont je discute dans l’article suivant de ce numéro du « Journal Of Consciousness Studies (Journal d’études de la conscience) »

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Article original publié dans :

Sheldrake and His Critics : The Sense of Being Glared At A special edition of the Journal of Consciousness Studies (2005) Vol 12 No. 6

Version originale :

The Sense of Being Stared At - Part 1 : Is it Real or Illusory ?

Vous pouvez également consulter en ligne la deuxième partie de cet article.

L’IMI remercie Rupert Sheldrake pour son aimable autorisation de traduction et de publication de cet article.

Traduction par Claudine Laguerre.

Mots clés associés à cet article : Parapsychologie expérimentale | Perceptions extra-sensorielles | Dare Viewing | Méta-analyse | Psi réceptif | Télépathie |