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Histoire de fantômes dans l’Antiquité

Histoire de fantômes dans l'Antiquité


L’historien Thomas Marlier, docteur en histoire de l’Antiquité, propose un article explorant la question des fantômes chez les auteurs de l’Antiquité. Loin d’être une lubie moderne, les histoires de revenants donnait déjà beaucoup à penser voilà 2000 ans. On consultera également avec profit l’anthologie littéraire de Catherine Schneider, Paranormale Antiquité.

(JPEG) Consacrer une étude au phénomène des revenants dans l’antiquité gréco-romaine peut sembler, dans le cadre habituel des études anciennes, une idée aussi étrange que la matière qu’elle vise à traiter. Car enfin, ce phénomène étant plutôt réservé à la littérature, qui foisonne de spectres dont Patrocle est le plus ancien et sans doute le plus célèbre, on voit mal comment traiter la question autrement qu’en se dégageant du domaine historique pour entrer dans celui du mythe. Cette idée reçue résulte de l’assimilation trop rapide qu’on fait de ces phénomènes aux croyances, oubliant qu’il s’agit avant tout d’un fait de société : si Plotin voyait dans le culte aux trépassés la meilleure preuve de l’immortalité de l’homme, c’est qu’il avait déjà compris que même mort physiquement, on continue d’être socialement. La « fantômatique », peut-on dire, devrait être un secteur attaché à l’histoire et à la sociologie, et ne plus être reléguée à des civilisations très anciennes ou très lointaines qu’on considère alors comme « primitives », à l’instar de leurs croyances, précisément parce qu’elles prennent en compte les morts qui reviennent. C’est pourquoi les fantômes, le plus souvent, ont été mis au ban des sociétés grecque et romaine par les savants modernes, alors que ces nouveaux exclus faisaient partie de leur histoire : le thème sera d’ailleurs repris par la littérature dans des oeuvres comme le Dialogue des morts de Lucien, par le théâtre avec le Fantôme de Plaute, et par des mythes tels que celui d’Er le Pamphylien rapporté par Platon. Cette sélection ressortirait-elle à la même idée énoncée par un professeur d’Ulrich von Wilamowitz-Moellenorff, qui déplorait que la découverte des papyrus magiques grecs « privait l’Antiquité de la splendeur du classicisme » ? Cette splendeur classique n’étant plus d’actualité, il est à espérer que les revenants participent aussi à son histoire.

Les fantômes n’ont pourtant pas toujours été snobés, mais, à de rares exceptions près comme l’étude de E. Jobbé-Duval, ils ont habituellement été intégrés dans des études plus larges qui concernaient des secteurs considérés eux-mêmes comme particuliers : la préférence, de ce point de vue, a été donnée à la magie antique, et plus particulièrement à la nécromancie . La question des revenants a été intégrée à des pratiques qui semblent elles-mêmes loin de nous, mais, au vrai, le phénomène fantômatique peut se raisonner indépendamment des recettes magiques qui peuvent y jouer un rôle. De fait, la question des revenants grecs et romains me semble pouvoir se fonder sur quatre questions : sous quelles formes reviennent-ils ? Que font-ils ? Quelles sont les causes de leur retour et quels en sont les remèdes ?

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Ce texte a d’abord été publié dans le Bulletin de l’Association Guillaume Budé (2006, n°1, p. 204-224).


  
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