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L’institut
80 ans d’histoire
Les grands moments de la métapsychique à l’IMI
Henri Marcotte fut l’un des membres de l’IMI les plus pragmatiques : fasciné par la télépathie, il poursuivit durant vingt ans les recherches du chimiste René Warcollier sur les conditions de son apparition. Son hypothèse était qu’on pouvait entraîner des sujets à améliorer leur sensibilité à ce phénomène. Il développa alors pas à pas une réflexion sur les rapports entre le corps et l’esprit.

Henri Marcotte (1920- ?), diplômé de chinois à l’Ecole de Langues Orientales, a étudié la physique atomique, mais la bombe d’Hiroshima l’a fait changer d’orientation. Travaillant dans le cadre de l’Institut Métapsychique International, il a donné des cours de télépathie à l’Université de Paris-VII en 1975 et 1976, ce qui fut première mondiale.
Fonctionnaire au dépôt légal de la Bibliothèque Nationale, il étudia, à partir d’une méthode de rééducation visuelle, la transmission télépathique d’images et c’est avec étonnement qu’il retrouva les mêmes déformations des perceptions que celles mises en évidence par René Warcollier dans les transmissions télépathiques de dessins. « On pourrait donc supposer que, en télépathie, l’image transmise subit le même changement que lors de la vision réelle, d’où possibilité d’entraînement. » (mars 1966, p. 56)
Il proposa alors sa collaboration à l’IMI et à Warcollier, et anima des Groupes d’Entraînement à la Télépathie (G.E.T.) de 1964 à 1985, année de sa retraite. De 1978 à 1985, Djohar Si Ahmed participa à ces groupes, dont elle tira une partie du matériel de sa thèse de Doctorat en psychologie, et qu’elle continue à organiser.
Ce qu’il a apporté :
Sans aucune formation en psychologie, et malgré le peu d’écrits qu’il laisse, les découvertes empiriques de Marcotte permirent néanmoins d’enrichir la compréhension de la télépathie. Familier avec les philosophies orientales, il s’obstine néanmoins à essayer d’éviter toute théorie préalable et, partant d’un empirisme strict, multiplie les découvertes.
Il distingue la télesthésie des télépathies naturelles et sauvages, en ce que la télesthésie est une télépathie volontaire ou contrôlée, qui se définit phénoménologiquement comme une télépathie sensorielle, où l’on passe directement de sensation à sensation sans l’intermédiaire du stade verbal. La télesthésie est également définie comme une méthode d’entraînement basée sur la prise de conscience du champ sensoriel. Le champ sensoriel doit être « mis en commun » sous le contrôle de la volonté à partir de tentatives télépathiques.
Cette méthode essentiellement sensorielle se pratique dans le cadre contrôlé de séances d’entraînement à la télépathie entre un agent et un percipient. Marcotte va mettre en place plusieurs types d’expérimentations destinées à développer l’habileté des sujets à percevoir avec leur corps et à décrire ce qu’ils ressentent. Surmonter le divorce de la pensée verbale et de la pensée sensorielle (qu’il met en parallèle de la dissociation des hémisphères cérébraux) semble un des aspects primordiaux de la transmission d’un message télesthésique. Les sujets, couplés et placés généralement dans deux pièces différentes, doivent essayer de se transmettre des mouvements, des dessins, des « phosphènes » (ces formes lumineuses qui persistent quand nous fermons les yeux), des sons, etc. Marcotte instaure différentes modalités d’envoi et de réception d’un message : une convention implicite décide avant l’expérience que le message sera uniquement auditif, ou visuel, ou tactile, etc., et les participants devront donc se concentrer, respectivement, sur le senti-entendu, le senti-vu ou le senti-senti, ces différentes sensorialités plus ou moins développées et efficaces selon les individus.
Lorsque les sujets tentent de transmettre des images, Marcotte propose en mars 1966, à titre expérimental, une contre-épreuve extrêmement instructive : il s’agit de comparer la vision d’un myope et d’un percipient. Un dessin vu par un myope à la limite de la visibilité et vu par un percipient débutant sera déformé de manière semblable, ce que Marcotte interprète comme une preuve convaincante de la base physiologique de la télépathie.
Certains des protocoles de Marcotte sont même à la base d’expérimentations scientifiques actuellement menées dans les laboratoires américains et européens de parapsychologie (par exemple, J. Wackermann ou W. Ambach à l’IGPP). Son groupe avait en effet obtenu des résultats positifs dans des expériences visant à enregistrer psycho-physiologiquement les effets de l’émission et de la réception télesthésique, ainsi que les synchronismes agent-percipient au moyen d’un appareil à détecter le mensonge (ou polygraphe). En fait l’appareil enregistre, via différents capteurs physiologiques, la tension psychologique provoquée par l’attente du signal (chez le percipient), puis la détente qui le suit. Deux protocoles ont obtenu des résultats significatifs en décembre 1966 :
A. Comparaison des courbes de l’agent et du percipient pour constater éventuellement leur parallélisme en condition de fusion (lorsqu’un stimulus adressé aléatoirement à l’agent fait également réagir le percipient).
B. Au cours d’une minute, à un moment choisi par une tierce personne, l’agent envoie un signal télesthésique (flash, son, souffle, etc.) à un percipient qui se trouve dans une autre salle et ignore évidemment le moment choisi. Le percipient ne doit pas signaler l’éventuelle réception télesthésique. C’est à un juge indépendant (par exemple, un psychologue capable de lire les tracés) de déterminer, uniquement d’après l’allure de l’enregistrement, le moment exact de l’envoi.
Mais les transmissions souffraient toujours des décalages temporels. « Une des grandes idées de Marcotte, explique Djohar Si Ahmed dans son livre Parapsychologie et Psychanalyse, fut d’introduire une donnée absente chez Warcollier : le TEMPS aussi bien dans l’envoi que dans la réception pour obtenir un effet de restructuration du message ». La chronoesthésie constitue cet entraînement à la manipulation de la durée, quatrième dimension de la télesthésie.
Quant aux théories et aux concepts que Marcotte dévelop pa, ils n’ont rien à envier aux psychologues attachés à la description des processus de symbolisation et à l’archaïque du corps (Bion, Anzieu, Roussillon). Son modèle atteint une grande finesse et est directement mis en pratique, ce qui lui assure une certaine pertinence.
Quelques critiques de ses travaux :
Marcotte revendique cette méthode originale « à cheval sur les sciences humaines et les sciences physiques » où il s’agit de trouver un cadre où l’on puisse contrôler qu’il y a effectivement transmission télépathique, c’est-à-dire gain d’information « moyennant certaines tolérances ». Il affirmait donc que l’entraînement pouvait pousser ses équipes à obtenir 80% de réussite en 7 mois, voire 100% de réussite pour le test de transmission de l’arrêt de mouvement.
« Mais Marcotte, nous dit Djohar Si Ahmed, tout comme Warcollier avant lui, caressait la fantasme d’une radio mentale épurée de tout parasite et de toute déformation, et de fait l’aspect psychopathologique, et les déformations des messages n’étaient guère pris en compte. Tout ce qui n’avait pas littéralement à voir avec le contenu manifeste du message télépathiquement envoyé était considéré comme scories à éliminer ». C’est Djohar Si Ahmed qui analysera ces « échecs » et les associera à des déformations inconscientes, mettant en avant dans les télesthésies la problématique intrapsychique des sujets. La fiabilité des résultats de Marcotte est donc à relativiser.
De plus, certains tests faciles d’emploi offraient de multiples biais de communication infra-verbaux, ce qui en modère l’objectivité. Dans d’autres expériences, la mesure effectuée n’est pas celle d’une information quantifiée, mais celle d’une tendance, d’une corrélation qualitative : pour exemples, la tendance de l’image A à se transformer en l’image B ou la tendance de l’image transmise à se distinguer sensoriellement des autres. D’autres paradoxes rongent cette méthode, puisque certaines expériences ayant montré des réussites spectaculaires n’impliquent pas des conditions expérimentales opérationnelles au sens courant, mais des aléas reposant sur l’autonomie des sujets : oubli, erreur, inattention, etc. Ainsi, supposons que Pierre envoie un dessin à Paul, mais que Pierre oublie de prévenir Paul de cet envoi, ou que, pour toute autre raison, Paul ne reçoive rien, oubli, inattention, etc. Je demande alors à Paul d’envoyer un dessin à Jacques : immanquablement, Paul enverra à Jacques le dessin que Pierre lui avait envoyé (C’est en dessinant que Paul reçoit le dessin de Pierre.). Ou encore, Marcotte fait ce constat dans le cas où Pierre et Paul sont chacun persuadés qu’ils sont agents, par suite d’une erreur d’interprétation : lorsque Pierre envoie un dessin à Paul et Paul envoie un dessin à Pierre, ce sera évidemment le même dessin qu’ils s’enverront mutuellement ! La conclusion de Marcotte devient en fait un critère de l’entendement : une télépathie parfaite, absolue, s’associe à un dégagement d’information nulle pour les observateurs extérieurs.
Bien sûr, ces biais sont connus et ont pu être facilement écartés. Mais cela montre bien que, la plupart du temps, les expériences de Marcotte n’ont pas pour visée la preuve ou l’information en tant que signal physique, mais qu’elles constituent des expériences visant à établir des corrélations entre les performances et les conditions de passation, au sein d’un système fermé (l’équipe, ou l’individu) protégé de la pression extérieure, et avec des répétitions conceptuelles des résultats attendus qui respectent une certaine diversité du vivant et un aspect ludique très motivants. Cela ne signifie pas que ces expériences ne fonctionnent pas sur le plan scientifique, mais que leur statut épistémologique est particulier : elles appartiennent à la sphère de l’entraînement, que l’on peut assimiler à la phase pré-test : des conditions de contrôle moins rigoureuses donnent le droit à l’erreur au sujet et à l’expérimentateur, et les succès alternant avec les échecs, chacun peut recueillir les fruits de ce lent processus d’élaboration. Cependant, par rapport à une simple phase pré-test d’une discipline expérimentale, l’entraînement a ceci de plus qu’il intensifie la relation affective entre les sujets et l’expérimentateur, ce qui assure une plus grande confiance et de meilleurs résultats. Toutefois, le concept d’entraînement ne se lasse pas d’attirer la méfiance : combien de charlatans proposent déjà de développer des pouvoirs supranormaux ! Même avec les meilleures intentions, développer le « potentiel humain » n’est pas une tâche scientifique, dans le sens où elle ne permet pas immédiatement d’objectiver un invariant universel que l’on pourra poser comme loi naturelle. C’est donc un domaine quasiment abandonné, même dans les sciences humaines. Néanmoins, l’optique de Marcotte n’était guère lucrative, ni despotique. Aujourd’hui, ses ambitions paraîtront naïves : il voulait que la télesthésie remplace le téléphone ; qu’elle offre la possibilité de transmettre directement d’une personne à une autre le contenu d’une expérience intérieure, qu’il s’agisse d’art, de mathématiques, ou de sagesse ; ou encore qu’elle fasse progresser radicalement la psychologie (humaine et animale). Il parle à plusieurs reprises d’un changement d’attitude face à la vie, et d’une nouvelle perspective de l’univers grâce à l’intégration de la dimension subjective du temps, qui sont des applications indirectes de la télesthésie, mais finalement, malgré tout ce qu’ils nous apprennent, les travaux de Marcotte ne semblent pas destinés à produire une technologie fiable à la mesure de ses voeux.
Pour conclure, disons que Marcotte prend la parapsychologie comme il l’entend, avec des paramètres scientifiques très originaux et en avance sur son temps. Sa volonté était d’en faire une science inclusive, tel que « le « savant » observateur prend le risque de devenir fou lui aussi de telle façon que plus tard lorsque le sujet « fou » lui décrira ce qu’il a vécu, il sache de quoi il parle. » (1976-1977, p.60)
Publications et références :
Henri Marcotte :
Revue Métapsychique n°1, mars 1966, Recherche d’une méthode d’entraînement à la télépathie, p.55-69, Paris.
Revue Métapsychique n°2, juin 1966, Recherche d’une méthode d’entraînement à la télépathie, p.64-74, Paris.
Revue Métapsychique n°4, décembre 1966, Activités du groupe de recherches télesthésiques durant l’année 1966, p.28-30, Paris.
Revue Métapsychique n°7, septembre 1967, Commande neuro-végétative volontaire et parapsychologie, p.49-51, Paris.
Revue Métapsychique n°13, mars 1969, La télesthésie, p.19-32, Paris.
Revue Métapsychique n°23-24, 1976-1977, La Télesthésie, p.58-77, Paris.
« La Télesthésie » in Les pensées communicantes, éd. Tchou, coll. La paraspychologie - Les pouvoirs inconnus de l’homme, 1976, Paris.
La télesthésie : méthode d’entraînement à la télépathie, Presses de la Renaissance, 1977, Paris.
Djohar Si Ahmed :
Parapsychologie et Psychanalyse, Paris : Dunod, 1990.
site de l’Institut des Champs Limites de la Psyché (ICLP).

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