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Fantômes et miracles : ce qu’en pense la science

Fantômes et miracles : ce qu'en pense la science

Par Pascale Catala Par Renaud Evrard

La couverture du Science et Vie Junior n°204 nous invitait à prendre connaissance des avis scientifiques sur la question des "fantômes". Toutefois, à la lecture, le dossier se révéla partiel et partial. Nous publions ici le courrier des lecteurs qui fut envoyé à la rédaction de Science et Vie Junior mais qui n’a pas été publié. Puis nous présenterons, à titre comparatif, le dernier numéro de Science et Vie Hors Série (n°256) qui traite d’une façon "honorable" la question des "miracles".

Courrier des lecteurs

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Couverture du SVJHS n °204

Je vous écris à propos du dossier : « Fantômes : ce qu’en pense la science » du SVJ n°204 (septembre 2006), dossier concocté par Olivier Lascar et Fabrice Nicot, avec la participation de Virginie Briffaut.

Je regrette que pour faire votre travail de journalisme, vous n’avez pas fait appel à la seule organisation en France qui mène et a mené une recherche scientifique sur les phénomènes paranormaux. Je veux parler de l’Institut Métapsychique International (IMI), fondation reconnue d’utilité publique depuis 1919. Se passer de consulter l’IMI tout en prétendant donner un avis scientifique sur la question du paranormal (et plus particulièrement des « fantômes », que l’on entende par là les apparitions ou les Poltergeists),c’est se contenter de délivrer des informations dépourvues de sources fiables. Non pas que l’IMI soit la seule parole rationnelle quant au domaine de la parapsychologie, mais son avis rejoint celui d’une communauté scientifique en exercice (plusieurs membres du comité directeur de l’IMI font partie de la Parapsychological Association, membre depuis 1969 de l’American Association for Advancement of Science qui publie la revue Science). Ce qui est dommageable, c’est que vous exposez des dossiers que l’IMI connaît bien puisqu’il était aux premières loges : par exemple, qui pourrait mieux parler des moulages ectoplasmiques de Franek Kluski (encadré page 51) - moulages qui ont été réalisés à l’IMI - si ce n’est le président actuel de l’IMI, Mario Varvoglis, qui a publié sur la question en ayant accès à toute la documentation [1] ? Qui pourrait mieux donner un portrait légitime de Charles Richet (paragraphe « Amoureux d’une fantômette », p.55) sinon les membres d’un institut dont il est un des fondateurs ? D’ailleurs je remarque qu’aucune source n’est citée dans votre article, et l’on peut se demander quelle est cette « science » dont vous parlez dans votre titre « Fantômes : ce qu’en pense la science ».

La rédaction de SVJ m’avait habitué à beaucoup mieux, et je regrette amèrement que les compétences d’Olivier Voizeux n’ait pas été mis à profit sur un dossier qu’il connaît bien et qu’il aborde généralement avec bienveillance et rigueur. A l’heure où plusieurs travaux universitaires sur l’IMI et sur Charles Richet sont publiés [2], est-ce vraiment cohérent de tourner en dérision leurs travaux sur la base d’une méconnaissance du dossier ? L’exposé le plus problématique est selon moi l’article : « Ils y ont crû ! » (p.54-55). Pierre Curie, Sir Oliver Lodge, Sir William Crookes et Charles Richet sont tout bonnement caricaturés : on s’amuse à présenter le paradoxe de grands esprits scientifiques qui auraient perdu tout moyen en investiguant les phénomènes parapsychologiques ; L’avis de Pierre Curie qui ne nous serait pas parvenu... malgré le fait qu’il ait signé les comptes-rendus de séance rendant compte des phénomènes parapsychologiques produits par Eusapia Palladino ; Richet trompé dans l’épisode de la Villa Carmen alors que Richet avait en réalité effectué de très rigoureux contrôles. Il est vrai que le contexte de cette expérience était assez extravagant, mais est-ce honnête justement lorsqu’on évoque le travail d’un grand savant de ne citer que le cas le plus faible ? Et quand bien même nous ne sommes pas là pour accréditer des travaux anciens, il faut au moins reconnaître l’importance de telles recherches pour la science en général, et non pas se contenter d’un encadré « Pourquoi cette folie des fantômes ? ». L’hypothèse qui fait de la métapsychique une « maladie infantile de la science » ne juge pas la question sur la bonne échelle et devrait plutôt l’envisager sur la longue durée [3] . Les travaux métapsychiques de Richet ont par exemple permis l’introduction des statistiques en psychologie expérimentale [4]. Si bien que j’éprouve du mal à comprendre la démarche de SVJ : plutôt que de montrer vraiment ce que les scientifiques en pensent - comme l’annoncent le dossier et la couverture du magazine -, on s’attelle ensuite à donner le point de vue de deux journalistes, s’en tenant donc au « j’ai testé pour vous » (p.56-61). Et puis, frôlant le hors-sujet pour qui s’intéresse à la question, le dossier se termine sur l’expérience - très intéressante par ailleurs - de solides qui se pénètrent (p.62-65). Tant de pages qui auraient pu être mises à profit pour présenter les travaux d’experts sur la question : ceux du physicien et psychologue Walter von Lucadou, ou de W.G. Roll, par exemple. Je clos ce courrier d’un lecteur en vous déclarant mon intention d’envoyer également ce courrier à l’IMI afin qu’il soit publié sur son site internet. J’espère qu’à l’avenir vous prendrez plus en considération les travaux des scientifiques sur ces sujets.

Evrard Renaud, étudiant en psychologie


J’approuve entièrement les remarques de Renaud Evrard et je me permets d’ajouter qu’il eût été fort simple de feuilleter mon ouvrage « Apparitions et maisons hantées » (Presses du Châtelet, 2004) pour avoir un aperçu des recherches scientifiques passées ou récentes sur ce sujet, c’est-à-dire des recherches qui se font au sein d’universités ou de laboratoires scientifiques. En tant que journal de vulgarisation scientifique, vous avez la responsabilité de l’éducation des jeunes, du développement de leur sens rationnel et en particulier de leur esprit critique. Or le paranormal est un domaine où il est vraiment important de distinguer le sérieux du farfelu. N’en montrer que le côté farfelu, c’est apporter un regard biaisé ne leur permettant pas de se faire une idée sur le sujet et étouffant pour l’avenir les motivations éventuelles que certains de ces jeunes pourraient avoir pour l’étude de ce domaine.

Pascale Catala, membre du Comité directeur de l’IMI.


Un contre-exemple récent

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Dernier numéro de Science & Vie Hors Série n°236 : "Les miracles : concevoir l’inconcevable"

Après le Science et Vie Junior très critiquable consacré aux fantômes qui aurait pu prévoir que le dernier numéro Hors Série de Science et Vie, consacré aux miracles (avec pour sous-titre : "Concevoir l’inconcevable" ) serait d’une toute autre tenue ?

L’IMI ne peut que vous encourager à vous le procurer : ton modéré, articles bien documentés, spécialistes pertinents, etc. Ce numéro laisse augurer du meilleur, juste après avoir connu le pire avec les fantômes du "junior" ! Vraiment étonnant...Le monde à l’envers ou, si vous préférez : un vrai miracle !

Un point de comparaison important : tous les dossiers apparaissent distinctement, sans amalgame aucun. Cela commence fort par un article de Pierre Lagrange, sociologue des sciences, "Sciences d’élites, croyances populaires". Parmi les autres articles, un certain nombre d’enquêtes sur les miracles en milieu chrétien (Fatima, le sang de Saint Janvier, Lourdes, etc.), mais aussi dans le cadre d’autres religions, des considérations générales mais intelligentes sur le placebo et sur les difficultés statistiques posées par les évènements rares et la place des métanalyses (Il est même fait mention des travaux sur l’efficacité de la prière.), un article sur les N.D.E., un autre sur l’hypnose, etc.

Ce numéro fera date, à coup sûr ! Pour une fois, on atteint une neutralité complète qui fait que l’on reste toujours dans la discussion scientifique. Tous les dossiers sont traités avec rigueur et bienveillance. Même l’IMI est présenté dans un article complet. Le journaliste François Lassagne semble avoir compris plusieurs des subtilités de la recherche parapsychologique, et trace un portrait étonnant sur ce "laboratoire de l’inexpliqué" (p.108-115). Il finit sur une note plutôt optimiste :

Mais en annonçant la couleur, les parapsychologues prennent le risque de voir les épaules se hausser. Alors ils se taisent, et relèvent discrètement les enregistrements de leurs machines. Leur mérite est à la mesure de leur obstination : celui de sans cesse renouveler en arpentant ses frontières, l’exigence de rigueur et de précision de la recherche scientifique.

Enfin, on ne peut pas dire que le discours soit seulement "pro-psi", car les sceptiques ont la parole, comme le physicien Henri Broch, les organismes du CSICOP et du CICAP (équivalent italien du CSICOP) s’exprimant sur le "sang de St-Janvier", et également Ian Hacking (interviewé en tant que philosophe des sciences spécialisé dans l’usage des statistiques, même s’il s’a déjà dévoilé son scepticisme dans son article : Hacking, Ian, "Some Reasons for Not Taking Parapsychology Very Seriously." Dialogue , 32 (1993), 587-594.).

Peut-on voir dans ce numéro hors-série, encore disponible en kiosque, un regain d’intérêt pour le traitement sérieux de questions scientifiques autrefois marginalisées ? Il faut espérer qu’après avoir été cantonnée, ces dernières années, à des publications dans des magazines populaires (VSD, Marie-Claire, etc.) et dans des revues spécialisées en langue étrangère (European Journal of Parapsychology, Journal of Scientific Exploration, Zeitschrfit für Parapsychologie und Grenzgebiete der Psychologie, pour n’en citer que quelques uns), les recherches en parapsychologie feront de nouveau l’objet de débats approfondis dans des revues à vocations pédagogique et scientifique.

[1] Varvoglis, M. (2002). The Kluski Hand Moulds. Proceedings of the 45th Annual Convention of the Parapsychological Association (p.370-380). Paris, August 2002.

[2] Sofie Lachapelle, A world outside science : french attitudes toward medimistic phenomena, 1853-1931, 2002, Thèse de philosophie ; Sofie Lachapelle, “Attempting Science : the creation and early developpement of the institute métapsychique international in Paris, 1919-1931”, Journal of the History of the Behavioral Sciences, Vol. 41(1), 1-24, hiver 2005 ; Nicolas Marmin, La métapsychique (1875-1935) : Une impasse fructueuse dans l’histoire de la science de l’esprit, thèse d’histoire de la psychologie dirigée par Françoise Parot, 2001, Université René Descartes (Paris V) ; etc.

[3] Voir le livre de Bertrand Méheust, Devenez savants : découvrez les sorciers, Ed. Dervy-Sorel, 2004, qui répond à ce type d’arguments naïfs et récurrents.

[4] Ian Hacking, Telepathy : origins of randomisation in experimental design, ISIS. 1988 ;79:427-451 ; Richet C. La suggestion mentale et le calcul des probabilités. Revue Philosophique de la France et de l’Étranger. 1884 ; 18:609-674.


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