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Critiques et controverses en parapsychologie

Critiques et controverses en parapsychologie
par Eberhard Bauer


Ce texte est la traduction d’un article déjà ancien - mais toujours d’actualité - du psychologue allemand Eberhard Bauer du département de Psychologie de l’Université de Freiburg, qui est membre directeur de l’IGPP. Il retrace les différentes controverses qu’a connues la parapsychologie au XXème siècle, en essayant de saisir ce qui il y a d’épistémologiquement singulier dans les critiques qui lui sont faîtes.

VUE D’ENSEMBLE SUR LES CRITIQUES ET LES CONTROVERSES EN PARAPSYCHOLOGIE

« Quand on considère le courant principal de l’histoire de la recherche en parapsychologie, alors qu’elle tente d’être admise parmi les sciences reconnues, il apparaît que les controverses et les discussions sans fin associées à cette entreprise, qui continuent encore de nos jours, sont d’une nature différente de celles des conflits habituels dans le domaine des sciences. Apparemment, ce débat touche à des valeurs plus vitales et essentielles que celles abordées dans les polémiques concernant par exemple l’acceptabilité ou les conséquences possibles de l’introduction d’une découverte technologique ou d’un nouveau produit chimique. En particulier, le ton occasionnellement acerbe de ces discussions et le fait qu’elles deviennent souvent personnelles et menées en dépit du sens commun, sont des indications du caractère sulfureux du sujet. » (Servadio 1958,1)

Cette constatation du parapsychologue et psychanalyste italien Emilio Servadio éclaire la position particulière occupée par les controverses concernant la parapsychologie et les attitudes critiques envers sa nature scientifique. Il ne fait aucun doute que le problème de l’existence de phénomènes paranormaux peut être considéré comme l’un des sujets de recherche les plus controversés de l’histoire de la science. Il est même possible d’envisager l’histoire de la parapsychologie comme l’histoire de ces controverses. Contrairement à d’autres disciplines, ces controverses ne concernent pas tellement l’interprétation de certains phénomènes mais a surtout trait à l’existence des phénomènes eux-mêmes. Comme il sera démontré plus loin, c’est la raison pour laquelle même les experts les plus compétents ne sont pas d’accord sur l’essentiel des recherches sur le paranormal et aboutissent à des conclusions différentes.

En premier lieu, on discute même pour savoir qui est "compétent" : Qui peut être considéré comme « parapsychologue » et qui ne le peut pas, qui est autorisé à se présenter comme sceptique ou critique dans ce domaine ? Il n’est pas malaisé de constater l’inexistence d’un groupe homogène de parapsychologues caractérisé par certaines qualifications. La nécessité d’un curriculum, de préférence de niveau académique, et de professionnalisation est bien reconnue (Shapin et Coly, 1976 ; Johnson, 1977) ; mais sans une organisation de base, un support financier et l’acceptation adéquate par la communauté scientifique, la professionnalisation n’est possible que sur une échelle limitée. Bref, il n’y a pas d’autorités en parapsychologie dans le sens de représentants d’un corps d’opinions acceptées, qui soient soutenues par la majorité des scientifiques concernés. Au mieux pourrait-on dire qu’il y a des « experts », bien que dans ce contexte la signification de ce terme reste incertaine. Dans une discussion instructive concernant « les zones d’accord entre les parapsychologues et les sceptiques », R.A. McConnel, lui-même un parapsychologue actif, le dit bien : « A moins que vous ne soyez volontaire et capable de passer des années de formation en psychologie, en physique et en sociologie des sciences, vous ne pouvez prendre une décision compétente sur la qualité et la valeur des preuves expérimentales de phénomènes parapsychologiques. » (McConnel, 1976,304) Jugés sur la base de ces critères, les Etats-Unis comptent peut-être « deux douzaines de chercheurs raisonnablement qualifiés et actifs en parapsychologie » (McConnell, 1976,308).

La même chose est applicable aux qualifications des critiques. La dichotomie fréquemment appliquée - les parapsychologues croient à l’ESP tandis que les critiques ou sceptiques n’y croient pas - est aussi simpliste qu’erronée. Sur la base de nombreux exemples tirés de la littérature, il peut être démontré que les parapsychologues sont les critiques les plus sévères et les plus compétents en ce qui concerne leurs propres recherches et eux-mêmes. Considérez seulement les noms de Besterman, Dingwall, Hodgson, W.F. Prince, la contribution publiée dans Murchison (1927), Angoff et Shapin (1971) et la discussion de John Beloff (1972, 1975) concernant la position des sceptiques - juste pour en citer quelques-uns. Le rôle du sceptique auto-proclamé ou du détracteur professionnel peuvent sembler prestigieux dans l’opinion publique (note 1) mais manque souvent de faits de base ou d’argumentation logiquement acceptable (voir par exemple Bender, 1964 ; Buchel, 1976 ; Bauer et von Lucadou 1980).

Une autre controverse concerne les frontières de ce domaine. Si on accepte le paradigme de l’Ecole de Rhine (Nilsson, 1975) qui a dominé la recherche pendant quarante ans, alors les seuls objets de la parapsychologie sont la perception extrasensorielle ( ESP) et la psychokinèse ( PK). Ceci explique pourquoi Rhine a considéré la « vague occulte » (Bender, 1976, 7) devenue proéminante dans les pays occidentaux pendant les années soixante-dix et qui comprenait l’acupuncture, l’effet photographique Kirlian et l’astrologie, comme très dangereuses pour l’image de la parapsychologie en tant que science expérimentale. Spécialement parce que nombre de parapsychologues semblaient adopter une attitude positive envers de tels thèmes populaires (auxquels on peut aussi ajouter l’ufologie, le Triangle des Bermudes ou les mystères des pyramides), Rhine a averti que « les parapsychologues feraient mieux d’accorder quelque attention au fait que le psi dont il s’occupe n’est plus autant en sécurité sous leur propre contrôle social que dans le passé. Le temps est venu où, nous qui travaillons avec le psi, devons décider si nous savons réellement où nous nous situons et quel est précisément notre territoire... Y a-t-il une autre science expérimentale qui repose sur une base aussi mince d’uniformité et de standardisation ? » (Rhine, 1972,175).

Si l’étude par questionnaire de Schmeidler (1971) peut être considérée comme représentative, alors il apparaît que les membres de la Parapsychological Association sont au moins d’accord sur le fait que l’ESP est un phénomène prouvé et qu’il n’y a aucune raison pour fournir encore et encore de nouvelles preuves (ceci est peut-être trop optimiste, voir par exemple l’enquête plus récente parmi les membres de la P.A. par McConnel et Clark, 1980). Mais mis à part le fait que les opinions des parapsychologues les plus importants sont également divisées quant à la manière d’étudier empiriquement les modalités des phénomènes psi, Rhine (1974b) adopte par exemple la position - critiquée par Thouless (1973)- qu’un grand nombre de thèmes de la recherche parapsychologique, comme les phénomènes psi se produisant lors d’experiences de décorporation ( OBE), les problèmes de survie, la rétrocognition, la psychométrie et même la télépathie, sont des problèmes fondamentalement insolubles, qui ne peuvent être étudiés de manière empirique car il est impossible d’éliminer la clairvoyance comme hypothèse alternative potentielle. Il est bon de réaliser que ce dilemme n’est pas seulement sémantique. Il reflète principalement différents modèles théoriques qui ont évidemment des conséquences pour la testabilité empirique des hypothèses qui en sont dérivées. Cette image de la diversité parapsychologique rend plutôt aisé pour les critiques le rassemblement, à partir de la littérature, d’une série de déclarations et d’opinions excessivement variables (voir pour un exemple récent le "coup de grâce" d’Alcock contre la parapsychologie et l’argumentation conjointe de Palmer ; Alcock,1981 ; Palmer,1983) qui peuvent être utilisés pour dépeindre une image livide des conséquences les plus absurdes d’une recherche dans ce domaine, par exemple, d’un point de vue juridique.

Un survol de l’histoire d’un siècle de recherches en parapsychologie nous permet de détecter des formes d’argumentation ’’pro’’ et ’’contra’’ plutôt typiques, qui influencent la structure des controverses de façon remarquable (voir par exemple les considérations données par Nicol, 1956 ; Crumbaugh, 1966 ; Dommeyer, 1966 ; Ranson, 1971). Le discours inaugural de 1882 par le premier Président de la British Society for Psychical Research (S.P.R.), Henry Sidgwick, est typique de la façon dont les pionniers de cette recherche prenaient comme allant de soi la façon dont ils feraient face aux objections du monde scientifique. Sidgwick parle de « preuve suffisante », c’est-à-dire de « preuve qui convaincra le monde scientifique » (Sidgwick, 1882a,9). Sidgwick a élaboré ce point dans sa seconde allocution présidentielle « ... s’ils n’applaudissent pas à une demi douzaine d’expériences décisives par des chercheurs d’intelligence entraînée et de probité jusqu’ici incontestée, essayons de leur donner un résultat ; si un résultat ne suffit pas, portons le nombre à cinquante » (Sidgwick, 1882, 67). Donc l’opposition serait graduellement réduite au silence et à la reconnaissance de la parapsychologie, renforcée par (note2) l’application du principe du cumul des preuves, c’est-à-dire par l’ajout de plus en plus de preuves en faveur de l’existence de l’ ESP.

Ceci est à mettre en relation étroite avec le principe du témoignage faisant autorité : cela devient plus ou moins une procédure standard, en particulier pour les sessions avec des médiums à effets physiques, où il s’agit d’inclure un grand nombre de personnalités jouissant d’une réputation établie comme observateurs, afin d’utiliser leurs témoignages concernant l’authenticité des phénomènes en question pour changer l’opinion de la communauté scientifique. Toutefois, la controverse relative à la « médiumnité physique » qui a éclaté entre les deux guerres mondiales, et d’abord au sujet du travail de Schrenck-Notzing, ne put guère être résolue de cette façon. Les positions des adhérents et des opposants restaient fondamentalement irréconciliables (note 3).

Quand, au début des années trente J.B. Rhine s’est avancé avec sa recherche expérimentale et statistique de l’ ESP, il semblait que cela apporterait un changement dans la discussion. Pour la première fois, un nombre de chercheurs indépendants ont accepté une méthodologie commune et une terminologie et les ont appliquées à un problème spécifique. C’était aussi la première fois que la communauté scientifique était mise au défi par un excès de résultats expérimentaux obtenus dans des conditions de laboratoires avec des méthodes conventionnelles et des sujets non sélectionnés.

La réaction de la communauté scientifique à la méthodologie proposée pour expérimenter avec des cartes fut animée en conséquence. Entre 1934 et 1940, il est paru environ 60 publications critiques par 40 auteurs, principalement dans la littérature psychologique, couvrant à peu près tous les aspects des conditions d’expérimentation et de leurs évaluations statistiques ( Honorton, 1975a). La plupart des critiques qui se sont élevées peuvent se classer en trois groupes (Pope et Pratt, 1942) : Le premier groupe concerne les données mathématiques-statistiques qui ont été appliquées ; le second, la validité des procédés expérimentaux ; et le troisième, la logique des interprétations des résultats en termes d’hypothèses ESP.

Le compte rendu publié en 1940 (Pratt et al, 1940) de toute la principale recherche expérimentale depuis 1882 jusqu’en 1940 - la « bible » de la parapsychologie expérimentale - relève et discute 35 hypothèses alternatives. Parmi elles, des méthodes statiques erronées, des sélections d’informations impropres, des mélanges insuffisants des couvertures de cibles, des arrêts sur option, des erreurs inconsciemment motivées dans les enregistrements et le contrôle de la cible ainsi que les séquences de réponses, et des perturbations sensorielles insuffisamment éliminées (chuchotements inconscients, cartes marquées) et finalement l’incompétence et la crédulité des expérimentateurs. Sur les 142 publications des 60 années précédentes, seules six se sont révélées suffisamment robustes pour résister à toutes ces objections, donc selon les auteurs procurant des preuves valables de cognition paranormale. Ces six-là sont toutes des expériences effectuées dans le laboratoire de l’Université de Duke depuis 1927.

En appliquant cette procédure objective, Rhine et ses collaborateurs ont réussi, dans une large mesure, à réduire au silence l’opposition principale des psychologues universitaires. Au moins parce qu’ils ont adapté leurs recherches aux critiques fondées. Alors, bien que la réalité de l’ESP n’ait pas été totalement acceptée, au début des années quarante, un accord existait au moins sur ce à quoi devait ressembler une expérience ESP (Honorton 1975b). Quand en 1943, le programme de recherche du laboratoire de Duke s’est élargi jusqu’à inclure la psychokinèse (influençant le lancement de dés), les critiques sont restées limitées à celles offertes par les parapsychologues britanniques, principalement motivés par leur manque de succès dans la réplication de ces expériences. Ce n’est qu’en 1962 que le psychologue américain Edward Girden a publié une évaluation critique fondamentale de 200 expériences PK et a conclu que « l’évidence de la PK en tant que phénomène psychologique fait totalement défaut. Et cette déficience persistera jusqu’à ce que l’effet soit produit en présence d’une variante psychologique spécifiée, et que l’effet n’apparaisse pas en son absence » (Girden, 1962, 387). Prat (1964) a objecté que Girden a exagéré les défauts de l’expérience (prétextant par exemple un manque de procédures expérimentales strictes, un mauvais contrôle des dés faussés, une évaluation incorrecte d’informations non homogènes) et qu’il a ignoré les expériences pour lesquelles de telles objections n’étaient pas applicables. De plus amples informations concernant la complexité des problèmes propres à la controverse du PK et les différences entre les opinions des parapsychologues concernés peuvent être obtenus en consultant la littérature relative (voir Girden, Murphy, Eisenbud, Flew, Rush, Schmeidler, Thouless, 1964.)

Après l’achèvement couronnée de succès de la « controverse ESP », dans ce sens où l’opposition est devenue silencieuse à la fin des années trente, Rhine a pris comme acquis que seul le temps était nécessaire avant que la parapsychologie soit entièrement intégrée dans la science psychologique (Nilsson, 1975, 1976). Mais cet espoir s’est révélé vain. Dans les 15 années suivantes la « science établie » ( Honorton, 1975b) a à peine pris note de la recherche parapsychologique. Cette confrontation active a échoué dans sa matérialisation. Ce n’est pas avant la moitié des années cinquante que la controverse a surgi de nouveau. La cause immédiate en a été deux publications dans les journaux scientifiques interdisciplinaires peut-être les plus influents « Nature » et « Science ». Le logicien d’Oxford, G. Spencer Brown (1953) a procuré un nouvel argument à la « controverse statistique » en parapsychologie en dirigeant ses critiques non pas envers les détails techniques d’application des procédés statistiques, mais contre les prétentions fondamentales de la théorie des probabilités elle-même. Il a critiqué le fait que la procédure habituelle en parapsychologie était d’inférer à partir de l’improbabilité même du résultat de l’évaluation statistique, l’existence de l’ ESP, malgré le manque de reproduction et de modèles démontrables des phénomènes. Une telle manière naïve d’inférer une « cause » de la « signifiance » a également été critiquée par le mathématicien allemand Tornier. Il a avancé que les statistiques sont seulement un outil de recherche et ne peuvent jamais fournir de preuve à elles seules (Tornier, 1959, 115) (note 4). Les critiques de Tornier ont été longuement discutées dans la parapsychologie germanique ; les différentes positions concernant cette controverse peuvent être trouvées dans Bender (1959), Mischo (1974), Krengel et Liese (1978) et surtout Timm (1979).

La critique la plus radicale dirigée contre la parapsychologie, et peut-être la plus influente à ce jour, fut l’affaire du chimiste George Price, qui la développa longuement dans son article « Science et surnaturel », publié comme article principal dans ’’Science’’ (Price, 1955). Il a commencé par admettre que l’opposition à la parapsychologie a été pratiquement réduite au silence par un nombre impressionnant d’expériences soigneuses et une argumentation intelligente. Cependant, partant du fait que l’existence de l’ESP doit être considérée en conflit avec les théories actuelles en science, Price a été forcé de conclure que tous les résultats significatifs en parapsychologie ne pouvant s’expliquer par des procédures expérimentales fausses, des erreurs statistiques ou l’usage inconscient de signaux sensoriels, devaient être dues « à une fraude délibérée ou des conditions mentales anormales atténuées » (Price, 1955, 360). La fraude délibérée chez un investigateur comme alternative au psi - c’est avec une telle prémisse que Price a discuté un nombre important de scénarii montrant comment la fraude a conduit aux résultats très significatifs obtenus par le mathématicien britannique Soal (Soal et Bateman, 1954) même s’il n’en a pas fourni de faits probants. En plus des réactions des scientifiques qui étaient personnellement attaqués (Rhine, 1956 ; Soal, 1956), Meehl et Scriven (1956) ont porté spécifiquement leur attention vers deux présupposés insoutenables dans l’argumentation de Price : Premièrement que l’ESP est en conflit avec la science moderne ; et deuxièmement que la science moderne, dans sa forme présente, devrait être correcte et complète. Dans tous les cas, sept ans plus tard, Price a retiré sa suspicion de fraude concernant Rhine et Soal, la reconsidérant comme « hautement incorrecte » (Price, 1972, 356) (note 5).

Néanmoins les deux arguments, l’improbabilité a priori de l’ESP et la possibilité de fraude de la part des expérimentateurs, ont été repris et étendus dans le livre du psychologue britannique C.E.M. Hansel, publié en 1966 : «  ESP, une evaluation scientifique ». Le monde non-parapsychologique a semblé considérer ce livre comme le dernier mot qu’on gaspillerait sur ce sujet (cf. Slater, 1968). Selon Hansel, le processus étudié en parapsychologie est « à la fois hypothétique et a priori extrêmement peu probable » (Hansel, 1966,17). Toute cause possible connue, y compris la conspiration à tricher des participants à l’expérience, est de loin plus susceptible d’être responsable des résultats que les procédés hypothétiques ( ESP) mis en avant. Dans l’analyse de quatre expériences, dont trois appartiennent aux expériences « classiques » concluantes : les séries Pearce-Pratt et l’expérience Pratt-Woodruff, toutes deux de la période Duke du début, les expériences Soal avec Madame Stewart et Basil Shackleton ainsi que les expériences Soal-Bowden avec trois écoliers gallois, Hansel démontre avec une ingénuité remarquable comment la fraude aurait pu être commise. Selon Hansel, cela est suffisant pour remettre en cause toute affirmation positive tentant de persuader que la preuve de l’ESP est faite (Hansel, 1966,241). Il est à peine possible de contrer de telles accusations de fraude, du moins aussi longtemps que des confirmations indépendantes des résultats sont manquantes. Mais dans le cas des parapsychologues, l’argument de fraude n’est pas plus plausible que dans le cas d’autres scientifiques (voir par exemple McConnel, 1975). Le scandale autour du successeur de Rhine, W.J.Levy, qui s’est produit en 1974 et qui donna lieu à des commentaires dans le monde entier, démontre surtout ce point essentiel : la fraude de Levy avait été détectée par ses collègues et c’est Rhine lui-même qui l’a rendue publique (Rhine, 1974c) (note 6).

L’approche sceptique de Hansel envers la parapsychologie a été sévèrement critiquée en relevant la déviation apparente de ses arguments, sur la base de ses nombreuses erreurs quant aux faits et de ses imprécisions, qui rendent douteux que ce travail puisse être désigné comme une évaluation « scientifique » du psi (note7). Néanmoins, la critique pénétrante de Hansel a éclairé un nombre de problèmes fondamentaux. Les opinions concernant l’importance de ces problèmes diffèrent dans la communauté parapsychologique. En premier lieu, on peut considérer à ce sujet le problème de la reproduction (voir spécialement Crumbaugh, 1966 et plus récemment - la discussion minutieuse par Hovelmann, (1983)). Au minimum, on peut dire que chacun est d’accord pour dire que la parapsychologie montre des expériences reproductibles mais pas des résultats reproductibles. Selon Beloff (1972) une expérience avec des résultats reproductibles peut être considérée comme la description d’un procédé expérimental qui, lorsqu’il est utilisé par des chercheurs compétents, « doit marcher au moins dans 50% des cas et surtout ne doit pas dépendre de la disponibilité d’un certain individu comme sujet. » (Beloff , 1972, 198). Mais les opinions varient parmi les parapsychologues sur ce sujet. Par exemple Beloff, en accord avec Crumbaugh (1966, 526) et Dommeyer (1966), conclut que les résultats parapsychologiques seront seulement acceptés de façon générale par la communauté scientifique quand au moins un effet reproductible pourra être démontré. Des propositions pour modifier le concept de reproductibilité, suivant les schémas suggérés par LeShan (1966) ou Murphy (1971) le font dépendre du caractère spécifique de l’objet de recherche. Pour la parapsychologie, cela impliquerait qu’une reproductibilité « intrasubjective » existe dans le sens où, sur plusieurs années, un même sujet obtient des résultats positifs avec différents investigateurs. Un exemple est l’effet « focusing » de Pavel Stepanek (Keil, 1977). L’espèce de « reproductibilité interne » trouvée dans les expériences avec le groupe de Maimonides par l’induction de rêve télépathique (Ulman et al, 1973) ou dans la phénoménologie des torsions de métaux (Hasted, 1977) pourrait donc être mesurée comme telle. De toute façon, la demande de reproductibilité reste un problème méthodologique fondamental en parapsychologie. Mais ceci ne vaut pas seulement pour la parapsychologie mais aussi pour les sciences comportementales. Par exemple, en psychologie, les résultats sont également caractérisés par des manques de régularité largement répandus, par la non reproductibilité et la non prédictibilité (Maschewsky 1977, 212). Concernant la reproductibilité ( Honorton, 1975b) estime que, comparée à certains champs en psychologie, la parapsychologie s’en sort même mieux.

L’attitude envers le problème de la reproductibilité et de ses fondements épistémologiques a de vastes conséquences pour un certain nombre de « sous-problèmes » qui ne peuvent être que brièvement mentionnés ici. Par exemple, le problème du rapport sélectif des seuls résultats positifs a pu conduire à une image distordue des accomplissements réels de la recherche (sur ce point, voir la discussion entre Rhine, 1975 et Beloff et al., 1976).

Un autre problème connexe est la vérification empirique des hypothèses. En combinant, de manière non critique différents « effets », comme les biais de "psi missing", d’effets de déclin ou d’effets expérimentateurs, il devient en principe possible d’interpréter chaque résultat d’une expérience parapsychologique en faveur de l’hypothèse psi. Le danger d’une telle stratégie, qui assure l’immunité de l’interprétation psi contre à peu près toutes les critiques, est renforcé par la terminologie généralement utilisée en parapsychologie. Par exemple, il est affirmé qu’un certain phénomène peut être « expliqué par l’ESP » (voir Mundle, 1971,20). Une telle expression néglige le fait que le concept d’ESP n’a aucun pouvoir explicatif mais devrait être considéré simplement comme une convention verbale pour étiqueter un certain groupe de phénomènes, jusqu’à présent inexpliqué (pour plus de détails, voir Staub, 1978). L’observation, souvent discutée, d’un psi qui échouerait souvent à apparaître quand des observateurs (par exemple des magiciens) ou des chercheurs sceptiques sont impliqués, peut être interprétée d’un point de vue psychologique comme l’indication d’une dépendance des phénomènes à des conditions psychologiques complexes, celle d’un champ affectif subtil (Bender, 1976) entre les participants à une expérience psi. En d’autres termes, il peut y avoir un certain nombre de conditions inconnues exigeant de nouvelles stratégies afin d’être approchées. Un autre problème du statut controversé de la parapsychologie, indirectement lié aux résultats de la reproductibilité du psi, mais d’importance plus étendue, concerne la remarquable érosion des preuves. Cet « effet d’évaporation » comme Scriven l’appelle (voir chez Eisenbud, 1963, 251) signifie que certains résultats de la recherche parapsychologique initialement très convaincants semblent perdre leur force avec les réévaluations postérieures. Quand le temps passe, même le chercheur deviendra éventuellement affecté par l’influence destructrice du doute. John Beloff (1972) en tant que Président de la Parapsychological Association a donné une illustration vivante de cette « genesis du doute » (Rogo, 1977) avec des exemples de parapsychologues éminents (note8). La « volonté de croire » des parapsychologues, ainsi qualifiée par les sceptiques, semble plutôt une « volonté d’incrédulité » envers leurs propres expériences et observations. Ce « principe de dissonance rétroactive » (B.Inglis) peut être joliment démontré via, par exemple, les fameuses investigations par la SPR d’Eusapio Palladino en 1908 (voir Rogo, 1977).

« L’érosion de la preuve » est un des traits les plus stables dans l’histoire de la parapsychologie. Presque chaque « cas classique », chaque « expérience concluante », a été soumise à ce « test du temps », le processus de réévaluation, basé sur de nouvelles preuves et de nouvelles interprétations vues d’une perspective différente. Cette reconstruction du matériel probant, souvent accompagnée de nombreuses controverses, peut seulement être abordée ici : elle remplit en vérité des milliers de pages ainsi que l’histoire de la recherche psychique (voir par exemple les Proceedings du SPR) l’éclaire abondamment (voir en particulier Inglis, 1977). Les discussions concernant l’authenticité des expériences de William Crooke avec D.D.Home et avec la médium aux matérialisations Florence Cook, ont duré déjà plus d’une centaine d’années (Medhurst et Goldney, 1964 ; Medhurst, 1972). Trevor H. Hall (1962) essaya par exemple de prouver, dans son livre largement débattu « The Spiritualists », que Crookes était l’amant de Florence et l’a aidée à tricher durant les sessions (voir les discussions entre Stevenson, 1963, 1964 et Hall 1964a). En particulier, les investigations de Hall qui, tel un détective, essaye de déceler « les points faibles » dans les anciennes expériences S.P.R. (voir Campbell et Hall, 1968) donnent constamment un nouvel essor aux controverses historiquement orientées, comme dans le cas du livre de Hall sur un des fondateurs de la S.P.R., Edmund Gurney. Selon Hall (1964b), Gurney dissimula des indices de fraude et se suicida ensuite pour emporter son secret dans sa tombe (pour une critique appréciative détaillée voir Nicol, 1966, et le complément de Hall, 1968). Ainsi les controverses continuent (pour un exemple récent, voir Brandon, 1983). Les études approfondies de cas fameux, comme Tietze (1973) et son étude de Margery, de Rogo (1975) étudiant Palladino ou d’Anita Gregory (1977) étudiant Rudi Schneider, démontrent le pattern typique des controverses scientifiques en parapsychologie. A ce modèle se joint la polarisation émotionnelle des antagonistes, les proclamations de compétence, les comités pour évaluer les « preuves concluantes », les offres de "prix", etc.

« L’érosion de la preuve » affecte aussi ces expériences qui, pour longtemps, ont été considérées comme les données les plus solides de la parapsychologie. L’ironie tragique des fameuses séries Soal-Schackleton de 1941-1943 sur la télépathie précognitive (Soal et Bateman, 1954) avec son schéma expérimental visant à éliminer toute fraude de l’expérimentateur mais à laquelle Soal lui-même a donné lieu à suspicion (la perte des protocoles originaux admise seulement a posteriori, l’utilisation de tables aléatoires différentes de celles rapportées, l’allégation par Crete Albert qu’elle a vu Soal changeant des images (voir pour cette controverse Scott et al, 1974 ; Scott et Haskell, 1975 ; Markwick, 1978) (note9). Dans la même veine, l’expérience de Pratt-Woodruff constitue une plateforme pour des accusations de fraudes par les critiques depuis des décennies (Pratt, 1976). Ces exemples nous enseignent au moins une chose : L’expérience réussie pouvant convaincre n’importe quel sceptique de l’existence du psi n’existe pas. C’est une illusion de faire dépendre la reconnaissance scientifique du passage forcé par une expérience « parfaite ». Dans son commentaire du livre de Hansel, Stevenson a écrit cette phrase remarquable « Si nous abandonnons l’idée d’une expérience prouvée-faussée, nous devons aussi abandonner l’idée que nos expériences sont de quelque manière que ce soit probantes ou puissent être considérées comme preuves » (Stevenson, 1967, 263f). Il développe des arguments plutôt en faveur de standards emportant l’adhésion, développés en coopération entre les chercheurs en parapsychologie et les critiques intérieurs et extérieurs à ce domaine, pour l’évaluation d’une expérience spécifique (Stevenson et Roll, 1966).

L’apparente impossibilité d’une « expérience décisive » est confirmée par l’observation de Nicol selon laquelle même « les "psychistes" dont l’autorité est incontestée ne sont pas d’accord entre eux pour savoir si certaines des principales expériences donnent des preuves concluantes de paranormalité » (Nicol, 1956,29). Considérant une telle situation la « théorie du fagot » de Coover (Coover, 1927,233) offre certaines perspectives. Bien que chaque pièce de preuve, chaque branche pour ainsi dire, peut être critiquée et en principe réfutée, elles constituent ensemble un fagot solide de preuves. D’autre part, il est également possible de défendre une « chaîne » de modèles (Beloff, 1976,93). La chaîne de preuves pour l’ESP est aussi solide que ses liens les plus faibles. C’est pourquoi il semble inévitable que les parapsychologues appliquent souvent des critères subjectifs dans l’évaluation de la preuve. Pour Rhine (1974a, 113), par exemple, les découvertes inattendues post hoc d’« empreintes digitales psi » dans la divination de cartes et dans les expériences de dés, les effets de déclins et les courbes en U, constituent des preuves convaincantes. Sûrement beaucoup d’incompréhension serait évitée si les preuves subjectives pouvaient être gardées - quand cela est possible - strictement séparées des relevés de preuves scientifiques, bien que cela nous interpelle spécialement dans le cas de la parapsychologie. Les motivations personnelles, l’influence de l’expérimentateur et une attitude positive envers le psi ne constituent-ils pas une condition essentielle pour l’obtention du psi ?

Un groupe de critiques considère la réponse à cette question comme la solution ultime au mystère du psi. Conformément à cette argumentation, fournie initialement par Moll (1929) et développée ensuite par Gubisch (1961) puis reprise par Prokop et Wimmer (1976), les parapsychologues crédules vivent dans une joyeuse anticipation de l’occulte et couvrent leurs superstitions d’un cloaque pseudo-scientifique. Donc, tout le domaine de la parapsychologie existerait seulement du fait de la motivation, peut-être anormale, des parapsychologues. Le critique allemand Willem Gubisch réduit ainsi tout le problème de l’ESP à une « structure psychologique de croyants dans l’occultisme « (Gubisch 1961, 98). Comme un pseudo-clairvoyant, dans sa « démonstration expérimentale de l’ESP », il a rassemblé, parmi un public général, des informations de valeur concernant la crédulité et la volonté de croire. Mais cet exemple-là peut aussi être utilisé pour démontrer, en respect avec les principes d’analyses de la recherche en perception sociale, comment la motivation de Gubish en tant que détracteur agit sur sa manière de traiter ses données (voir pour exemples Neuhausler, 1964). Malgré l’intensité de son attitude négative, Gubish démontre sa prise de conscience des conséquences possibles du paranormal (Bender, 1964). Avec d’autres, le problème ne se réduit plus qu’à un seul, de nature purement psychologique (voir par exemple Wimmer, 1973) Déjà W.F.Prince (1930) avait observé que même quand des personnes formées scientifiquement pénètrent dans le domaine de la parapsychologie et franchissent « la frontière enchantée », elles paraissent soudainement devenir partiales dans les informations qu’elles recueillent et ignorer les arguments. En bref, elles réagissent d’une manière irrationnelle dans leur opposition, manière qui serait impensable dans leur propre domaine. Des défenses, apparemment solidement enracinées contre l’acceptation du paranormal, se terrent derrière les discussions rationnelles. Servadio (1958), interprétant ces défenses, conçoit qu’il s’agit d’une « réaction de réfutation » psychodynamiquement fondée aux phénomènes parapsychologiques. Dans les spéculations d’Eisenbud (1963 ; 1966) la défense contre le psi fait partie de la nature elle-même, et même les parapsychologues sont mis en garde contre l’acquisition d’un contrôle expérimental de ces pouvoirs par un « sabotage inconscient » dirigé contre leurs propres efforts. LeShan (1966) applique de son côté le modèle de dissonance cognitive de Festinger. La motivation psychologique du rejet des phénomènes paranormaux trouve son origine dans leur observation même, qui est en conflit avec le contexte socio-culturel familier et créé donc une menace de conflit. Une explication est tentée ici au moyen de concepts de la psychologie sociale ou de la psychologie des profondeurs, concluant notamment que ni la quantité ni la qualité scientifique des preuves des phénomènes parapsychologiques ne contribuent à son acceptation sociale. Ceci devient même plus clair encore si on les considère du point de vue de l’histoire et de la sociologie de la science. Ici le statut controversé de la recherche parapsychologique devient un exemple primordial du problème général dans le développement de la science, c’est-à-dire que l’acceptation de nouveaux phénomènes et de nouvelles théories est à peine influencée par l’état objectif de la preuve (Ferrera, 1977). Dès lors, l’étude sociologique de la communauté parapsychologique peut servir à démontrer l’étroite association entre l’organisation sociale d’un groupe novateur et la réaction des sciences établies (Allison, 1973).

Parmi les parapsychologues McConnel (1966) a été le premier à interpréter la situation de controverse de la parapsychologie en termes du modèle influent de Thomas Kuhn (1962) pour le développement des sciences. Dans ce modèle, les informations parapsychologiques deviennent des « anomalies » qui sont en conflit avec les paradigmes dominant couramment les sciences naturelles et sociales, et en conséquence, provoquent une forme d’opposition. L’image de la parapsychologie moderne - observations non coordonnées et aléatoires, résultats expérimentaux conflictuels, manque de concepts bien définis, d’hypothèses de travail généralement acceptées et de théories qui les prolongent, la désintégration en écoles concurrentes, l’émotivité des controverses - sont également des traits caractéristiques d’une phase immature d’une science, en défaut de paradigmes et dans l’attente d’un « Einstein de la Parapsychologie » (Pratt, 1974) pour guider le champ dans le royaume des sciences acceptées. C’est même en soi un sujet de discussion continue que de savoir dans quelle mesure cette interprétation en termes du modèles kuhnien est peut-être trop optimiste et même trompeuse (Shapin et Coly, 1977). Mais, sans aucun doute, de telles « méta-perspectives » sont de grande valeur pour déterminer la position d’une « protoscience ».

La parapsychologie comme objet d’étude pour une « sociologie relativiste de la science » (Rao, 1977), démontre à quel point l’acceptabilité scientifique dépend du consensus d’un groupe lié à des critères historiques changeants. Ceci empêche par ailleurs la parapsychologie de se concentrer sur la question existentielle du « oui » ou « non » de ses phénomènes, du concept de psi, encore et encore découvert et accepté par un groupe de personnes pour être ensuite rejeté et enterré par d’autres. En bref, le conflit autour de la parapsychologie devient dans cette perspective la pierre d’achoppement pour des suppositions anthropologiques cachées sur notre vision scientifique du monde et notre méthodologie de recherche. Voilà un autre des défis de la parapsychologie.

Postscriptum de 1986

Ce rapport, légèrement revu, a été écrit en 1977 et publié d’abord en Allemagne dans les 15 volumes de « Kindler’s Psychologie des 20. Jahrhunderts ». Il était, à l’origine, destiné aux psychologues et autres éducateurs, qui pouvaient admettre être plutôt ignorants de la parapsychologie et qui probablement n’ont jamais entendu parler du « European Journal of Parapsychology » et d’autres journaux professionnels dans notre domaine. Par manque d’espace, le sujet devait être discuté en pages relativement peu nombreuses et, pour cette raison, des aspects importants du sujet ne pouvaient parfois être qu’effleurés.

Une chose est certaine, même en 1984 : La controverse psi est toujours avec nous.

Cependant, il semble qu’au cours des dernières années une avance a été faite vers un dialogue plus rationnel et plus correct entre les supporters et les critiques du paranormal (parmi les derniers, différents représentants de CSICOP). K.R.Rao, par exemple, a organisé, au cours de la PA Convention en 1981, un symposium intitulé « La Parapsychologie et ses critiques ; Implications pour la philosophie et la sociologie de la science » dans lequel nombre de vues critiques récemment publiées sur la parapsychologie (Girden, Diaconis, Moss et Butler, Gibson, Kurtz) ont été discutées. De même à la conférence du Jubilé du Centenaire (SPR 1882-1982 et PA 1957-1982), s’est tenu un symposium intitulé « The case for skepticism », auquel parmi d’autres C.Scott, S.Blackmore, P.H.Hoebens et R Hyman ont participé. Le « Zetetic Scholar » édité par le sociologue M.Truzzi s’est exprimé, ces dernières années, comme une des meilleures sources d’informations concernant la critique de la recherche en parapsychologie, avec des contributions en provenance de critiques internes ou externes au domaine parapsychologique. Les plus importants sont les « Major Dialogues » entre des parapsychologues et des sceptiques (voir spécialement Hyman, Beloff, Westrum, Hovelmann). De plus,un certain nombre de livres, exprimant une vue critique de la parapsychologie, ont été récemment publiés, parmi eux la seconde édition du livre de Hansel mais aussi des livres de Alcock, Marks et Yammann, ainsi que celui d’Abell et Singer, qui évoquent plusieurs évaluations approfondies de la communauté parapsychologique.

’’’Notes :’’’

1. On peut considérer comme symptômatique de tout cela le comportement de certains membres du Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal (CSICOP) fondé en 1976 via l’association des critiques de la parapsychologie les plus connus comme Hansel, Hyman et Randi. Avant la publication de leur propre journal : « The Sceptical Inquirer », la revue « Humanist » publié par le philosophe Paul Kurtz était le porte-parole du CSICOP. La prétention d’évaluer rationnellement les phénomènes paranormaux et la méthodologie appliquée a rencontré des critiques sévères de la part des parapsychologues, cf. par exemple Rockwell et al (1978) et Kurz et al (1978).

2. Du point de vue de la sociologie des sciences, il vaudrait sûrement la peine de comparer les allocutions présidentielles variées de la S.P.R. afin d’étudier le développement historique de ce qui est considéré comme « le savoir parapsychologique établi », mais aussi comment cette connaissance fut acquise et comment la parapsychologie, tout en progressant, lance un regard scientifique sur son passé.

3. La controverse est mieux présentée dans le ’Drei-Manner Buch’ (livre-de-trois-hommes) de Gulat-Wellenburg, v. Klinckowstroem, Rosenbusch (1925), le ’Sieben-Manner Buch’ (livre-de-sept-hommes) publié par Schrenck-Notzing (1926), et les discussions subséquentes dans les ’Zeitschrift fur Parapsychologie’ et ’Zeitschrift fur Kritischen Okkultismus’. Une évaluation des points de vues opposés est présentée par le psychiatre suisse Bleuler (1930).

4. Tornier élargit sa critique dans son livre ’Rhine - Fall of the parapsychologists’ (« Rhine - le cas des parapsychologues ») qui rencontra les compliments de critiques comme Prokop et Wimmer (1976, 122). La réfutation mathématique décisive fut donné - si on ne considère pas Buchel (1975, 170), par Yrengel et Liese (1978) et surtout par Timm (1979).

5. En ajout à la réédition de son article par French (1975, 373), Price dit : « que je me suis moi-même rendu coupable en acceptant et en essayant de suivre (d’une manière particulièrement radicale) l’étrange système de croyances dont j’accusais de prosélytisme Rhine et Soal, et que par conséquent je crois maintenant en des choses pires que l’ ESP. »

6. L’importance fondamentale de la fraude et de l’argumentation trompeuse est discutée par Muller (1980).

7. Voir par exemple les évaluations critiques d’Honorton (1967), Stevenson (1967) et Medhurst (1968). Spécialement instructives sont les positions de Eysenck, West, Beloff, Stevenson, et la revue par Slater (1968) et la discussion entre Hansel et Slater (British Journal of Psychiatry, 114, 1968, 1471-1480 ; and ibid 115, 1968, 743-745).

8. Comparez aussi l’attitude résignée de W. James dans ses ’Final Impressions of a Psychical Researcher’, of 1909, réédité in Murphy et Ballou, 1969, 309-325, en particulier la page 310.

9. Pendant que l’analyse fine par Betty Marwick (1978) laisse peu de doute sur le fait que Soal a manipulé les séquences cibles de l’expérience Shackleton. La motivation pour le comportement de Soal reste peu claire. Cependant, on ne peut douter que la parapsychologie expérimentale aie perdu une part importante de ses preuves et de ses adhérents tandis que la thèse « Psi = fraude » marquait un nouveau point.


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Article original : European Journal of Parapsychology, 1984, 5, 141-166 Criticism and Controversy in Parapsychology - An Overview Eberhard Bauer Department of Psychology, University of Freiburg

L’IMI remercie Eberhard Bauer pour son autorisation à la publication de cette traduction.

Traduction de Marcelle Gerday.


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