-  Parapsychologie -  Perspectives et théories

Consultation pour personnes vivant des expériences exceptionnelles

Consultation pour personnes vivant des expériences exceptionnelles
par Martina Belz-Merk


La clinique de l’Institut de psychologie de l’Université de Freiburg développe depuis 1995 un service de consultation spécialisé. Ce projet conjoint avec l’IGPP est maintenant dirigé par le psychologue Eberhard Bauer et la psychiatre Martina Belz-Merk dans le département de conseil et d’information de l’IGPP à Freiburg. Il accueille chaque année des centaines de personnes qui pensent vivre des expériences "paranormales" ou "exceptionnelles", ou qui veulent s’informer sur ce sujet.

CONSULTATION ET AIDE POUR PERSONNES VIVANT DES EXPERIENCES EXCEPTIONNELLES A LA CLINIQUE DE L’INSTITUT DE PSYCHOLOGIE DE L’UNIVERSITE DE FREIBURG

Direction du projet : Dr. Martina Belz-Merk, psychiatre

Collaborateurs scientifiques : Wolfgang Fach, et Annette Wiedemer, psychologues.

L’objectif de ce projet - promu par l’IGPP (Institut pour les zones frontières de la psychologie et l’hygiène mentale) et mis en oeuvre depuis 1996 à la clinique de l’institut de psychologie de l’université de Freiburg - est la réalisation, le développement et l’évaluation d’un programme adapté de consultation et thérapie pour des personnes vivant des expériences exceptionnelles.

1. Expériences exceptionnelles : définition du concept

Le concept d"expérience exceptionnelle" est utilisé comme terme générique pour parler des expériences décrites par les personnes concernées comme "extrasensorielles", "surnaturelles", "magiques" ou d’autres expressions de ce genre. C’est donc lorsqu’une personne décrit son expérience en termes de poltergeist, d’influence magique, de transfert de pensées, d’ apparitions, de pressentiments, de rêves prémonitoires, ou encore lorsqu’elle parle de phénomènes se manifestant pendant des pratiques d’occultisme, de spiritisme ou d’ésotérisme. On parlera des "expériences exceptionnelles" afin d’éviter de mélanger systématiquement ces expériences avec des signes de maladies mentales. Cette notion prend en considération la qualité particulière de l’événement sans jugement prématuré, ni diagnostic ou étiquetage non justifié.

Les expériences exceptionnelles peuvent être classées en trois catégories, selon les conditions qui les ont déclenchées :

Des expériences spontanées :

Les expériences spontanées ne sont pas planifiées ou visées par les concernés. Elles apparaissent soudainement et sans préavis. Des pressentiments et des rêves qui se confirment ultérieurement en sont des exemples typiques, tout comme l’expérience d’impressions visuelles, auditives ou sensorielles ("voyance") qui coïncident avec des événements qui ont généralement une grande importance personnelle, comme des situations mettant en danger la vie ou des décès dans l’entourage personnel. Des personnes éprouvent parfois toute une série de catastrophes personnelles et de revers de fortune dans une courte période de temps et développent l’idée que des pouvoirs néfastes, de la magie ou des personnes possédant des aptitudes magiques exerceraient une influence sur eux.

Des expériences auto-induites :

Ces expériences proviennent de l’utilisation à titre personnel de méthodes d’occultisme, de spiritisme ou de systèmes psycho-spirituels. Ainsi, beaucoup de jeunes pratiquent par exemple - que ce soit par curiosité, par passion de l’expérimentation ou comme substitut de soutien - des activités occultes, comme le « Oui-ja » ou l’utilisation de pendules. Ce genre de pratiques est assez souvent utilisé en cas de perte d’un proche, avec l’espoir d’entrer en contact avec le défunt. En cas d’un emploi intensif, il existe un risque de manie et de dépendance considérable et les concernés peuvent perdre progressivement le contact avec la réalité.

Des expériences allo-induites :

Des expériences exceptionnelles peuvent être induites à travers la participation à des ateliers, des groupes de prise de conscience de soi et des thérapies des milieux ésotériques et psychologiques. Les méthodes utilisées, fréquemment orientées vers le corporel, comme par exemple la bioénergétique, la biodynamique, la thérapie primale (A. Janov) et des techniques de modification de la conscience, comme l’hyperventilation, l’hypnose et la méditation peuvent conduire à des changements considérables de la perception et de l’état de santé. Il arrive occasionnellement que les expériences ne puissent pas être assimilées et intégrées. Au contact des guérisseurs, médiums et voyants, peut s’enraciner l’idée d’être à la merci des énergies et des pouvoirs inconnus ou bien d’être influencé par un guérisseur au-delà du traitement proprement dit.

(JPEG)
Quelques bureaux du département de consultation de l’IGPP

2. Besoin d’assistance

Des expériences exceptionnelles peuvent se manifester une ou plusieurs fois. Elles ne possèdent pas nécessairement un caractère problématique, et ne constituent pas forcément un trouble ou une restriction pour la vie quotidienne de la personne. Les personnes concernées diffèrent tout à fait dans leurs réactions. Une partie d’entre eux peut bien assimiler ces expériences, les éprouver de façon positive et peut les accepter et les intégrer dans leur conception du monde et d’eux-mêmes. Par contre d’autres personnes se sentent irritées et désorientées. Les expériences peuvent déclencher chez quelques uns des peurs plus profondes ou donner la sensation de perdre le contrôle sur soi-même et sa propre vie. Avec les prémonitions peuvent apparaître des sentiments de culpabilité car il n’y a pas eu d’intervention pour empêcher les événements pressentis. L’ampleur de l’angoisse dépend de l’histoire personnelle et de la situation actuelle de la personne, tout comme de la durée et de la fréquence des expériences exceptionnelles.

Des indications d’une propagation des expériences exceptionnelles sont à trouver chez Palmer (1979), Haraldsson (1985) et Greeley (1991). Dans une liste de sondages nationaux représentatifs en Islande, Suède, Angleterre, Allemagne et les Etats-Unis, environ deux tiers de la population ont indiqué, selon Haraldsson, avoir déjà vécu au moins une fois des apparitions de défunts ou des poltergeists. La majorité de la population américaine croit à au moins un phénomène paranormal (Sobal & Emmons, 1982). Même avec la présence de différences culturelles, les chiffres pour d’autres pays européens ne sont pas significativement plus faibles.

Le besoin de consultation et thérapie en rapport avec les expériences exceptionnelles apparaît pour tous les instituts de recherche dans le secteur de la parapsychologie qui abordent scientifiquement les phénomènes exceptionnels et paranormaux. Ces institutions se voient régulièrement confrontées à de demandes d’information et consultation des concernés qui souvent ne trouvent aucune assistance convenable dans les organismes et centres de consultation conventionnels.

A Freiburg il existe actuellement trois centres de consultation et d’information pour personnes avec des expériences exceptionnelles, recevant des demandes du secteur germanophone entier : le centre de consultation parapsychologique de la WGFP ("société scientifique pour la promotion de la parapsychologie") (cf. Lucadou & Poser, 1997 - bientôt publié en français), l’IGPP et la clinique de l’institut de psychologie de l’université de Freiburg.

A l’IGPP se présentent par exemple chaque année environ 800 personnes ayant besoin de conseil par rapport aux expériences exceptionnelles, dont environ la moitié ont besoin d’aide clinico-psychologique au delà d’une simple consultation. Dans l’échange avec des instituts de recherche internationaux du domaine de la parapsychologie (par exemple, la chaire Koestler à Edinburgh, Ecosse), il devient clair qu’un besoin d’assistance similaire existe aussi à d’autres endroits.

A côté des personnes directement concernées qui cherchent un soutien pour elles-mêmes ou pour une personne proche, il existe aussi un besoin de consultation pour les professionnels du soin. Un sondage auprès des services de consultation ayant comme sujet "Les pratiques occultes chez les jeunes" (Bauer, Lay & Mischo, 1988) a montré que 79% des services de consultation ayant répondu à l’enquête connaissent des jeunes avec des expériences de pratiques occultes. 37% partagent l’avis que des particularités psychiques apparaissent en corrélation avec ces pratiques. 75% des consultants ne se considèrent pas suffisamment informés et 94% étaient intéressés à l’envoi de matériel d’information. Le besoin d’aide et de consultation dans le domaine des questions et des problèmes parapsychologiques et clinico-psychologiques existe tant pour les personnes directement concernées que pour les conseillers et les thérapeutes.

3. Expériences exceptionnelles et troubles psychiques

Des discussions controversées cherchent à savoir dans quelle mesure des expériences exceptionnelles peuvent être évaluées comme des symptômes d’un trouble psychique, s’il y a un développement de troubles psychiques à la suite des expériences exceptionnelles ou si ce sont surtout les personnes avec des troubles psychiques qui chercheraient des expériences exceptionnelles.

Jusqu’à présent l’étude des expériences exceptionnelles et de leur développement clinique a été renvoyée la plupart du temps au domaine de la psychiatrie. Des psychiatres et de psychologues, comme par exemple Jung (1984), Assagioli (1955), Scharfetter (1991), Grof & Grof (1991) et Haraldsson (1985) pour en nommer que quelques uns, ont pourtant continuellement fait remarquer que pour des variantes de telles expériences, il ne s’agissait pas de symptômes de troubles psychiatriques connus, mais des phénomènes qui - même s’ils peuvent ressembler à des symptômes connus cliniquement - sont à classer tout à fait différemment en matière de pronostic et de détermination génétique, et par la suite à traiter différemment dans la thérapie. Une expression de cette façon de voir les choses est aussi le fait qu’il y ait une catégorie "problèmes religieux ou spirituels" dans la nouvelle version du DSM-IV (Sass, Wittchen & Zaudig, 1996)

En Allemagne, Hans Bender indiquait déjà le rapport entre des pratiques spirites (par exemple, tables tournantes, planche de Oui-Ja, écriture automatique ou utilisation de pendules) et des troubles dissociatifs ("psychoses mediumniques" ; cf. Bender 1958). Dans une étude de Steinfurth (1995), il s’avère que des personnes rapportant des expériences dissociatives ont aussi des convictions sur le paranormal. Il est concevable qu’avec une disposition élevée à l’anxiété, des événements stressants favorisent une réaction dissociative. Ceci correspond aux résultats de Irwin (1993) qui a également trouvé un rapport entre les convictions du paranormal et la tendance à la dissociation. La croyance seule aux expériences exceptionnelles n’est cependant pas un indicateur d’une particularité psychologique.

4. Conceptions de la consultation et de la thérapie

Jusqu’à maintenant les conceptions pour la consultation et la thérapie pour les personnes avec des expériences exceptionnelles sont basées sur des estimations phénoménologiques, des études sur des cas individuels et sur l’expérience clinique. Des études qui manquent jusqu’à présent sont celles qui établissent un diagnostic détaillé comme base pour le processus de décision et de projet thérapeutique. Les concepts d’intervention sont plutôt non-spécifiques et orientés de façon pragmatique. Des concepts de consultation explicitement développés, fondés théoriquement et vérifiés sont encore en suspens jusqu’ici (Hastings, 1983 ; Kramer, 1993). De la même façon, il n’existe jusqu’à présent pas de conception spécifique pour le travail clinique-psychologique effectué à l’IGPP depuis la fondation de l’institut.

Les consultations et thérapies disponibles à la clinique de l’institut de psychologie suivent les conceptions des autres auteurs et organismes de consultation (par exemple, Hastings, 1983 ; Kramer, 1993) et elles sont révisées de façon continue (cf. Grawe, 1988 ; Greenberg, 1986) et développées. Le travail de consultation est basé dans tout les cas sur la prise au sérieux des expériences exceptionnelles, des modèles d’explications et des représentations subjectives des concernés, tout en évitant une pathologisation prématurée et injustifiée. Les concernés ont souvent des expériences préalables négatives avec les différentes institutions de soins médicaux ou psychosociaux. Souvent ils n’ont pas été pris au sérieux là-bas et leurs déclarations ont été classées comme des faits d’imagination, des délires ou des maladies psychiques. C’est la raison pour laquelle les personnes qui cherchent conseil arrivent avec circonspection, peur et méfiance. Dès le début on cherche à établir une relation positive et solide avec les concernés. La dédramatisation des événements vécus et le traitement de ceux-ci pour les intégrer dans la conception de soi-même restent la priorité du travail thérapeutique. L’apport des informations de la recherche parapsychologique soulage visiblement les personnes qui nous visitent. Pour cette raison dans notre travail clinique, on donne une place importante à l’explication et à l’information sur le niveau de connaissances de la parapsychologie scientifique. On évite la fixation prématurée sur des points de vue cliniques ou parapsychologiques et, dans la consultation, on aspire à des effets de synergie de chaque côté.

Au total, les dispositions des objectifs individuels mis à part, on peut résumer les aspects essentiels du travail de consultation dans les points suivants :

* Constatation de la charge (fardeau) psychique à travers des expériences exceptionnelles et vérification en diagnostic différentiel des autres troubles comme la schizophrénie, troubles de la personnalité schizotypique, PTSD, troubles dissociatifs, etc.

* Dédramatisation et démystification des expériences exceptionnelles à travers la réduction du déficit d’information.

* Amenuisement de la charge psychique à travers l’offre de traitement d’aide pour l’intégration des expériences dans la conception du monde et de soi-même.

* Augmentation du contrôle propre sur les expériences exceptionnelles.

* Direction compétente des personnes concernées vers des offres de consultation appropriées, en particulier pour les problèmes psychiatriques ou également pour les clients habitant loin.

5. Objectifs du projet

En plus de l’assistance continue en cours pour les personnes avec des expériences exceptionnelles, la description, la classification et le classement diagnostique des expériences exceptionnelles se situent également parmi les centres d’intérêt du projet. La conception de la consultation devra être continuellement développée et évaluée grâce aux informations et expériences recueillies, aux interviews cliniques structurées et aux analyses complémentaires de cas individuels. On peut résumer les objectifs de la façon suivante :

* Développement ultérieur du concept de consultation et thérapie des interventions psychologiques pour les personnes vivant des expériences exceptionnelles.

* Evaluation continue des concepts de la consultation.

* Description, classification et classement diagnostique des expériences exceptionnelles.

* Développement d’une conception de contrôle et de gestion de la qualité des soins appliqués aux personnes vivant des expériences exceptionnelles.

* Interconnexion du travail parapsychologique et clinico-psychologique dans la région.

Bibliographie

Assagioli, R. (1955). Krisen der geistig-religiösen Entwicklung. Wege zum Menschen, Monatsschrift für Seelsorge, Psychotherapie und Erziehung, 7, 129-138.

Bauer, E., Lay, B. & Mischo, J. (1988). Eine Umfrage bei psychosozialen Beratungsstellen zum Thema "Okkultpraktiken bei Jugendlichen". Zeitschrift für Parapsychologie und Grenzgebiete der Psychologie, 30, 33-56.

Bender, H. (1958). Mediumistische Psychosen. Ein Beitrag zur Pathologie spiritistischer Praktiken. Zeitschrift für Parapsychologie und Grenzgebiete der Psychologie, 2, 173-201.

Grawe, K. (1988). Zurück zur psychotherapeutischen Einzelfallforschung. Zeitschrift für Klinische Psychologie, 17, 1-7.

Greenberg, L.S. (1986). Research strategies. In L.S. Greenberg & W.M. Pinsof (Eds.), The psychotherapeutic process : A research handbook (p. 707-734). New York : Guilford Press.

Grof, C. & Grof, S. (1991). Die stürmische Suche nach dem Selbst. Praktische Hilfe für spirituelle Krisen. München : Kösel.

Haraldsson, E. (1985). Representative national surveys of psychic phenomena : Iceland, Great Britain, Sweden, USA and Gallup’s Multinational Survey. Journal of the Society for Psychical Research, 53, 145-158.

Hastings, A. (1983). A Counseling Approach to Parapsychological Experience. The Journal of Transpersonal Psychology, 15, 143-167.

Irwin, H.J. (1993). Belief in the paranormal : A review of the empirical literature. The Journal of the American Society for Psychical Research, 87, 1-39.

Jung, C.G. (1984) Grundwerk in neun Bänden. Bd. 2 Archetyp und Unbewußtes. Freiburg : Walter.

Kramer, W. (1993). Recent Experiences with PSI Counseling in Holland. In L. Coly & J. D. S. McMahon, (eds.) (1993), Psi and Clinical Practice. (p. 124-145). New York : Parapsychology Foundation.

Lucadou, W.v. & Poser, M. (1997). Geister sind auch nur Menschen. Freiburg : Herder.

Mischo, J. (1996). Schizotypische Muster im Denken und Verhalten ? TW Neurologie-Psychiatrie, 10, 266-272.

Palmer, J. (1979). A Community Mail Survey of Psychic Experiences. Journal of the American Society for Psychical Research, 73, 221-251.

Scharfetter, C. (Hrsg.) (1991). Der spirituelle Weg und seine Gefahren. Stuttgart : Enke.

Sobal, J. & Emmons, C.F. (1982). Patterns of belief in religious, psychic, and other paranormal phenomena. Zetetic Scholar, 9, 7-17.

Steinfurth, H. (1995). Dissoziation und paranormale Überzeugungen. Jena : Unveröffentlichte Diplomarbeit, Institut für Psychologie der Universität Jena.

Article original :

M. Belz-Merk, rapport inédit, Institut de Psychologie de l’Université de Freiburg, 2000. Disponible en anglais ou en allemand.

L’IMI remercie Martina Belz-Merk pour son autorisation.

Traduction par Joaquin Vonhoff.


Mots clés associés à cet article : IGPP |